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La troisième d'alternance au collège République de Bobigny

français, troisième d'alternance, Bobigny, Collège République.

 
 

ils écrivent!

 
10/09/2008
 

Je m''appelle Mahamadou. J''habite au Blanc-Mesnil, cité des tilleuls. Pour venir au collège République, je mets une heure (bus 148 et tram). Pourquoi j''ai choisi la troisième d''alternance? pour mon projet professionnel: la cuisine ou la vente. Ce que je trouve difficile au collège, c''est les mathématiques, parce qu''il y a trop de calculs bizarres et tout. De toutes façons, c''est la seule matière qui me pose problème. En 6ème, j''étais bien en cours, mais j''ai commencé à avoir des problèmes en 5ème et je me suis fait virer du collège en 4ème. Mes parents, ils me parlent un peu du collège. Pour l''insolence. Ils me disent: "ne fais plus de bêtises au collège sinon tu vas au Mali."

Je m''appelle Alexandra, j''habite à la cité de l''étoile, à Bobigny. J''ai choisi la troisième d''alternance parce que l''école c''est pas trop mon truc, moi je veux apprendre dès maintenant mon futur métier. Ce que je trouve difficile au collège, c''est les maths, d''arriver à l''heure, de ne pas se faire convoquer par les CPE et de ne pas s''embrouiller avec les profs. Je me souviens, en 6ème, le jour de la rentrée, je me suis battue. J''avais des bonnes notes. Je me battais tout le temps. Je traînais tout le temps avec Hawa. Ma mère me parle pas du collège, surtout mon père. Il me demande si je suis allée en cours. Il me dit: "J''espère que t''es pas virée, arrête de t''embrouiller avec les profs."

 Je m''appelle Mamadou, j''habite à Noisy-le-Sec. Pour venir à Bobigny, je mets 20 à 25 minutes en tram. Si je suis en troisième d''alternance c''est parce qu''à mon ancien collège, ils voulaient se débarrasser de moi. Ils m''ont fait aller voir la conseillère d''orientation. Elle a appelé ma mère en disant que si elle ne signait pas les dossiers d''inscription, je serai à la rue. En fait, depuis la 6ème j''ai pas bien suivi. De la 5ème à la 4ème, j''ai complètement déraillé (en répondant aux profs, en me disputant avec eux etc.) En 6ème, je connaissais personne, donc je suivais bien même si j''étais pas le premier et on n''avait aucune remarque à me faire. C''est surtout mes cousins qui me parlent du collège. Ils me disent qu''eux ils ont arrêté l''école trop tôt et qu''il faut pas que je fasse la même erreur, qu''il faut que je me concentre sur mes études.

Je m''appelle Christelle, j''habite à Bondy. Pour venir au collège, je mets une heure, avec le bus 303 et ensuite le tram. J''ai choisi la troisième d''alternance parce que je voudrai avoir un bon métier demain, car je veux travailler pour apporter de l''argent à ma mère. Ce que je trouve difficile au collège, c''est les maths car j''arrive pas à calculer. Quand j''étais en 6ème, je n''aimais pas lire, donc les profs étaient méchants avec moi. Mes parlent, est-ce qu''ils me parlent du collège? pas du tout.

 Je m''appelle Yacine, j''habite à Bagnolet. Je mets 45 minutes pour venir, bus 322 et tram. Pourquoi je suis en troisième d''alternance? Parce que j''ai pas le choix. Mon ancien collège m''a obligé, j''avais pas d''autres choix. Mais je ne me plains pas, je suis content d''être là, surtout que je sais ce que je veux faire plus tard. Ce qui est difficile pour moi au collège, c''est de me lever le matin. En 6ème, tout se passait bien, ma moyenne était correcte. Ça a commencé en 4ème, avant tout allait bien. Mes parents est-ce qu''ils me parlent du collège? trop. Ils me disent: "Travaille bien, fais tes devoirs, pas de bêtises. Tu travailles pour toi."

Je m''appelle Bruno, j''habite à Romainville. Pour venir au collège République, je mets 45 minutes. Pourquoi j''ai choisi la troisième d''alternance? Parce que je voulais intégrer plus rapidement la vie active, pour l''année prochaine, pour m''aider à mieux travailler en cours comme nous sommes que neuf. Dans mon ancien collège, les cours, je ne supportais pas, on était toujours trop, donc tout le monde discutait, donc on pouvait pas travailler. Dès ma 6ème, j''ai commencé avec les heures de colle, à répondre aux profs, jusqu''à ma 5ème et ensuite j''ai essayé de me mettre au travail. Mes parents, est-ce qu''ils me parlent du collège? Ils m''en parlent assez pour m''aider à avancer dans la vie, les cours, et les stages. Et finalement ça marche très bien car au fur et à mesure, j''avance et je suis très content.

 
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Vus!

 
08/09/2008
 

 

Vendredi matin je les ai vus.

 

Ils étaient 15.

 

Ils étaient beaux.

 

Ils étaient silencieux.

 

Ils étaient intimidés.

 

Venus des villes environnantes, ils ne se connaissent pas et donc ne se parlent pas. Deux filles, côte à côte, étaient dans le collège l’an dernier, et discutent. Ce sont les seules. Ce silence, cette attention quand on leur explique que les objectifs de l’année sont qu’ils obtiennent l’orientation qu’ils souhaitent à la fin de l’année, qu’ils se remettent à niveau pour l’an prochain, qu’ils retrouvent goût à l’école,  et qu’ils obtiennent le CFG (un examen écrit où il faut 80% de réussite, soit 16/20—ce qui leur parait infaisable ; mais aussi oral, où l’on parle 20 minutes à deux personnes que l’on ne connaît pas.)

 

Distribution des carnets de correspondance. Des informations sont à remplir, le professeur principal dicte. Je m’aperçois que deux élèves n’y arrivent pas. Je m’approche. Ce sont deux élèves non francophones.

 

Des feuilles sont à coller. Seuls deux élèves sur les 15 ont une colle. Plusieurs ont du mal à comprendre comment il faut plier ces feuilles, et où il faut les coller.

 

Le professeur chargé des stages passe dans la salle, et demande quels sont les élèves qui ont déjà trouvé un stage. Sachant qu’au mois de juin, chaque élève a passé un entretien pour entrer en troisième d’alternance, où chacun s’est engagé à rechercher des stages pendant les grandes vacances. Deux mains se lèvent. Les autres ont les yeux baissés. Un élève garde le regard fixe.

 
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La Troisième d’alternance sur le papier (partie 2- les stages)

 
08/09/2008
 

Les stages font partie intégrante de la troisième d’alternance. Ils sont obligatoires. Les élèves doivent venir 15 jours au collège, puis aller 15 jours en stage, tout au long de l’année.

Les stages ont pour objectif premier d’aider les élèves à préparer leur projet d’orientation.

Il ya huit sécessions de 15 jours de stages. Ces huit sécessions sont divisées en trois phases (j’espère que vous avez pris votre café, que vous êtes bien réveillés, parce que c’est un peu ardu) :

L    phase de découverte : stages  1, 2, 3.

Durant cette phase, nous demandons aux élèves de faire des stages dans trois domaines différents, afin d’élargir leur vision du monde professionnel et de soulever un questionnement sur leur orientation.

 

 L phase de choix : stages 4, 5, 6.

Les élèves doivent affiner leur choix : ils doivent avoir à l’issue de cette phase, une idée assez précise des deux domaines qui les intéressent.

     Les élèves doivent faire deux stages dans leur domaine de prédilection. C’est l’occasion pour ceux qui souhaitent s’orienter vers l’apprentissage, de montrer leur motivation à des patrons éventuels.

Dans la mesure du possible, ils doivent avoir fait au moins un stage dans le domaine public, un stage dans le domaine privé et si possible dans le milieu associatif.

J’avais proposé d’obliger les garçons à chercher un stage dans un domaine d’activité connoté « fille », et les filles à chercher un stage dans un domaine connoté « garçon ». En effet, l’an dernier, dans le cadre d’un projet, filles et garçons de troisième d’alternance,  avaient repeint des halls des cités voisines. Les filles, au début réfractaires, ont été complètement enjouées.  Toutes ont réussi à faire fi du regard des autres et à enfiler la tenue complète du peintre en bâtiment : chaussures de sécurité, combinaison blanche, casquette blanche, masque blanc. Toutes ont porté des seaux de peinture, toutes sont montées sur des échelles, toutes ont fait un travail de qualité. D’elles-mêmes, elles n’auraient pas eu l’idée de faire un stage en peinture, ou si une en avait eu l’envie, elle aura été freinée dans son désir par le poids des stéréotypes bien ancrés. Que l’on les y oblige, leur a donné la légitimité de faire de la peinture en bâtiment,  et le goût de pratiquer cette activité. Le raisonnement est le même pour un garçon, qui de lui-même aura du mal à demander à faire un stage en crèche ou un CAP coiffure. Mais bon, cette idée, n’a pas véritablement suscité l’enthousiasme de mes collègues. On pourrait presque parler de flop…

 

 
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La Troisième d’alternance sur le papier (partie 1- le collège)

 
03/09/2008
 

Pour être honnête, si l’équipe pédagogique de la 3ème d’alternance n’a pas pu se réunir en bonne et due forme lors de la prérentrée, ce n’est pas un drame sans nom.  En effet, à part le professeur de techno qui est une nouvelle recrue et qui n’a pas du tout choisi d’enseigner dans cette classe, les autres enseignants et moi, nous l’avons choisi de notre plein gré.

 

La classe existe depuis plusieurs années au collège. Jusqu’à cette année, il y en avait même deux.  Et plusieurs professeurs ont vraiment à cœur de donner du sens à cette classe. Il en est ainsi du professeur d’EPS et P.P, qui en fin d’année dernière, a transmis à chacun des membres de l’équipe, le « projet 2008/2009 de la classe de troisième d’alternance au collège République de Bobigny ». En fait, je crois que je vais citer ou paraphraser son texte, parce qu’il est très clair. Et dans trois semaines, vous pourrez comparer entre les objectifs sur le papier et ce qu’il se passe en réalité, dans la vraie classe.

Les élèves concernés

La troisième d’alternance se présente comme une réponse aux besoins exprimés par les élèves du district qui ne trouvent pas dans l’organisation du collège, le contexte qui leur permettrait de réussir pleinement. Ils désirent apprendre autrement. Ils souhaitent entrer dans une formation professionnelle.

 

L’admission

L’affectation relève de l’inspecteur d’académie. L’équipe pédagogique constitue le dossier en fin de quatrième. Les dossiers doivent être conformes à un certains nombre de critères :

           Avoir un an de retard au moins, deux ans au plus.

Nombre de demi-journées non-justifiées inférieur à 10 par trimestre. (sic)

Proximité géographique afin d’éviter l’absentéisme. (sic)

Connaissance des acquis et du comportement des élèves à partir du livret de compétence.

Motivation et projet individualisé du jeune. (sic)

Accord de la famille ou d’un responsable légal.

Les objectifs

Engager l’élève  dans un projet personnel pour qu’il renoue avec l’ambition de poursuivre sa scolarité, en vue d’une qualification

Permettre une remise à niveau pour que l’élève puisse envisager sa poursuite d’étude en toute sérénité, en lycée professionnel ou en C.F.A (Centre de Formations d’Apprentis, http://www.cfarif.net  )

Donner à l’élève toute la formation nécessaire afin qu’il puisse passer et réussir le C.F.G (Certificat de Formation Générale, http://eduscol.education.fr/D0071/CFG.htm)

 
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Je suis une équipe pédagogique à moi toute seule

 
03/09/2008
 

Mardi, je devais rencontrer l’équipe pédagogique de la classe de 3ème d’alternance : c’est-à-dire rencontrer les deux professeurs principaux et les collègues des autres matières. La direction avait, en apparence,  bien prévue les choses : entre 11h et midi, chaque professeur principal choisit une salle et  l’inscrit sur le panneau prévu à cet effet. L’enjeu est important : analyser les noms des élèves de la classe, faire le point sur ce que l’on sait d’eux afin d’éviter des alliances malheureuses dès le premier jour, donner des conseils ou  rassurer les nouvelles recrues néo-titulaires, expliquer la façon dont chacun compte travailler au cours de l’année, construire des projets communs.

Chaque professeur obéit aux consignes, se rend dans la salle qu’il a choisie et attend que ses collègues arrivent pour commencer la réunion. Et il attend, il attend le professeur principal, et personne ne vient. Parce qu’un professeur a plusieurs casquettes : il est professeur principal d’une classe, et  il est aussi professeur d’une matière qu’il  enseigne à d’autres classes, il est aussi membre de plusieurs autres équipes pédagogiques, donc. Mais il ne possède pas pour autant le don d’ubiquité : il ne peut pas réunir son équipe pédagogique et assister à celles des autres. Donc comme l’année dernière et celle d’avant (là s’arrête ma mémoire au collège République de Bobigny), l’échec a été total. C’est le comble de l’absurde. Nous sommes dans un collège EP1 (niveau Education Prioritaire), « ambition réussite », un collège qui est censé avoir davantage de moyens afin de pouvoir apporter une aide individualisée à des élèves pour la plupart en grande difficulté. Cependant comment peut-on les aider au mieux, quand plus de 30% des professeurs sont de nouvelles recrues et que l’organisation prévue par nos supérieurs hiérarchiques au lieu de nous réunir, nous divise (spatialement, il va sans dire) ?

Mais fort heureusement, nous avons des casiers. A quoi bon se parler finalement ? Pourquoi me plaindrai-je ? J’ai eu des informations sur la classe de 3ème d’alternance, et non des moindres : la liste des élèves (j’en connais deux), leur emploi du temps, le calendrier d’alternance des stages, un mot des P.P (abréviations pour professeurs principaux) qui nous convient à venir nous présenter à la classe vendredi, lors de la demi-journée d’accueil des 3ème par leurs P.P respectifs ; qui nous expliquent que de lundi à mercredi prochain, les élèves seront en classe entière (18), le temps de connaître (un tout petit peu) les élèves et de pouvoir constituer deux groupes homogènes et que jeudi et vendredi, les élèves du groupe A seront libérés pour rechercher un stage, qu’ils commenceront le lundi.

 
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