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Alter S.E.S.

Réflexion en Sciences Economiques et Sociales

 
 

Petite leçon d'économie

 
23/06/2009
 

 

Voilà une petite fable qui circule en ce moment de courriels en courriels :
« Ça se passe dans un village qui vit du tourisme, sauf qu'à cause de la crise il n'y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100€.
Le touriste n'est pas plutôt monté à sa chambre que l'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement cent euros. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques passes. La prostituée boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure. Comme elle dépose le billet de 100€ sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.
Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu.
N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes. N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale? »
 
Cette histoire a le mérite de rappeler qu'effectivement l'économie est un circuit et que les dépenses d'un agent sont aussi les revenus d'un autre qui formeront à leur tour d'autres dépenses.
L'histoire est donc bien ficelée et aurait plu à J.M. Keynes à coup sûr !
Cependant, dans cette version, l'ensemble de ce qui est perçu par les agents est dépensé ce qui est peu crédible dans la réalité. En effet, une partie des revenus est conservée par les agents, épargnée et n'alimentera pas une consommation immédiate (1ère fuite du circuit : l'épargne).
Ensuite, les dépenses restent affectées ici à des agents sur l'île, or on sait que certains flux passent les frontières et vont aller alimenter d'autres économies (2e fuite : les importations : consommation en biens et services étrangers).
Par conséquent il serait bien étonnant que la somme retrouvée sur le guichet de l'hôtel soit la même que celle qui a été dépensée au départ par le touriste mais ... c'est bien vu !
 
En tout état de cause, la conclusion est fausse : « Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu. » puisque 100 euros ont été dépensés par le touriste puis gagnés par l'hôtelier qui les a lui-même dépensés pour autre chose etc.
La morale de cette histoire c’est que si l’on remplace le touriste par le gouvernement ou l’Etat on se rend compte qu’une dépense initiale (investissement public par exemple) pourrait se traduire par un accroissement de revenus dans l’économie plus important que la somme dépensée au départ. C’est ce que les économistes nomment le « multiplicateur keynésien » mis en évidence dès 1936 par J.M. Keynes dans sa Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie et qui permet de justifier l’intervention étatique en matière de relance des économies. C’est certainement la voie de la sortie de crise actuelle mais attention aux fuites…
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Comportement rationnel et bien être collectif

 
11/02/2009
 
Le libéralisme est un courant de pensée extraordinaire. En son nom, on justifie qu''il ne faut pas intervenir sur les marchés sous peine de les déséquilibrer et de nuire à la satisfaction générale. Ainsi Adam Smith, économiste écossais du XVIIIe siècle considéré comme le père du libéralisme, affirmait que si chacun cherchait son intérêt propre c''est toute la société qui y gagnerait car le bien être collectif serait aussi maximisé (principe de la main invisible). Aujourd''hui on interdirait à l''Etat de se mêler des salaires minima, des rémunérations de nos banquiers sous peine de contredire ces grands principes. Pourtant, un dilemme bien connu des économistes et assez simple à comprendre nous montre que des comportements rationnels ne conduisent pas forcément et pas nécessairement à la situation optimale pour la collectivité. On l''appelle le dilemme du prisonnier. Ecoutons cette histoire racontée par A. Tucker dans les années 1950 : deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n''ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. « Si tu dénonces ton complice et qu''il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l''autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux 6 mois de prison. » On voit que l''intérêt collectif serait que tous les deux se taisent, ils écoperaient ainsi de 6 mois de prison chacun et pourrait retrouver très vite leur liberté. Pourtant, cette stratégie payante collectivement ne pourra être choisie par aucun des suspects. En effet, si l''un se tait l''autre à tout intérêt à le dénoncer pour recouvrer sa liberté ; le choix de dénoncer l''autre est le seul qui soit rationnel dans ces conditions (quel que soit le choix de l''autre, j''ai intérêt à le dénoncer). Les 2 suspects en étant rationnels aboutiront à une situation non optimale collectivement : faire chacun 5 ans de prison. Pour revenir au réel : des cas semblables peuvent apparaître lors de politiques commerciales d''entreprises qui pourraient avoir intérêt à coopérer en évitant de baisser leur prix réciproquement ou d''engager des dépenses de publicité coûteuses (chacun perdant le montant dépensé pour la pub sans récupérer forcément plus de part de marché que si aucun n''avait lancé d''offensive). Tout ceci conduit à mettre en évidence le fait que le fonctionnement d''un marché laissé à lui même a de grandes chances de conduire à des situations sous optimales. On voit aussi que des accords collectifs et/ou une règlementation permettraient (sous certaines conditions) de se rapprocher d''une situation meilleure. Plus récemment, des comportements d''acteurs supposés rationnels sur les marchés financiers ont abouti à une situation contraire aux intentions de chacun. Les paniques boursières constituent un exemple typique des effets pervers. Quand un grand nombre d''individus, par crainte d''une baisse des cours, vendent leurs actifs, ils provoquent ce qu''ils craignent : une chute du cours des actions. La rationalité des acteurs économiques et sociaux est par conséquent limitée. Il ne faudrait pas tenir pour postulat que leurs motivations individuelles et la recherche de leur intérêt propre permettent toujours d''atteindre l''optimum social.
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Retour sur le sujet d’économie : coût du travail et chômage des travailleurs peu qualifiés du 23/01/2009

 
26/01/2009
 
La relation coût du travail - chômage est un grand classique des débats économiques. Le sujet demandait ici de centrer l''étude sur le chômage des travailleurs peu qualifiés. En effet, c''est pour ceux-ci que le problème paraît crucial car selon les libéraux, leur productivité marginale (ce qu''ils rapportent à l''entreprise) serait inférieure à ce qu''ils coûtent, expliquant alors leur non-embauche. Le coût du travail comprend deux éléments essentiels : les salaires bruts versés aux salariés et les charges sociales incombant aux employeurs (cotisations patronales couvrant pour l''essentiel les risques santé, vieillesse et chômage). Concrètement, un salarié payé au SMIC à temps plein percevra aujourd''hui : 1 037,53 € nets mensuels mais le salaire brut (qui inclut les prélèvement à la source par les organismes sociaux de cotisations salariales) sera de 1321,02 €. De son côté, l''employeur devra s''acquitter de cotisations patronales (environ 40 % du salaire brut hors exonération) soit un total approximatif d''environ 1849 €. C''est le coût du travail minimal en France pour un individu à temps complet. On pourrait ajouter les frais de recrutement et d''éventuelles formations mais pour faire simple laissons les de côté. Ainsi l''embauche serait difficile pour les travailleurs les moins qualifiés car les moins « rentables » pour l''entreprise compte tenu de leur coût impératif. La logique des politiques de l''emploi depuis 1993 confirme que cette analyse se diffuse dans le monde politique puisqu''on n''aura de cesse d''alléger les cotisations patronales sur les bas salaires (jusqu''à 1,7 fois le SMIC). Mais réduire le coût du travail n''est pas sans conséquence. Il y a deux manières de procéder : réduire les salaires ou peser sur leur progression : socialement parlant cela paraît inacceptable et risqué au niveau des tensions sociales qu''une telle mesure pourrait susciter. Ou alors réduire la part versée aux titres des charges sociales mais celles-ci finançant le système de protection sociale il y aurait des conséquences inévitables en terme d''assurance des individus contre les risques. La réussite d''un tel sujet dépendait donc de la mise en relation/ discussion de ces éléments ainsi que d''une réflexion plus large (aiguillé par les documents et le travail préparatoire) autour d''un contexte d''économie ouverte au niveau international. La contrainte extérieure pèse sur les Etats et réduire ou augmenter le coût du travail a forcément un impact pour l''emploi intérieur et pour la compétitivité des produits nationaux. Une baisse du coût du travail pourrait ainsi freiner les délocalisations et favoriser des investissements étrangers en France où la main d''œuvre reste exceptionnellement productive. En même temps, elle pourrait favoriser une baisse des prix de la part des producteurs nationaux propre à entraîner une élévation de la demande intérieure (Consommation et investissement) et extérieure (exportations). Je vous conseille la lecture de cet article de l''INSEE de novembre 2008 d''Alexis Montaut sur « une heure de travail salarié en France - deux fois plus chère mais deux fois plus productive qu''en 1975 ». On revient sur une idée reçue car, même si le coût du travail s''est élevé depuis 1975, comme la main d''œuvre est plus efficace l''utilisation d''un salarié français n''est pas réellement plus coûteuse pour l''entreprise.
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Au fait, elle vient d’où cette crise financière ?

 
13/10/2008
 
 Pour comprendre son origine et être relativement simple, il faut remonter quelques années en arrière et regarder vers les Etats-Unis. Trois phénomènes se détachent :
  • 1. Des taux d''intérêts particulièrement bas (qui permettent aux emprunteurs de trouver des liquidités (de l''argent) bon marché). Par conséquent, les crédits sont faciles et encouragent à emprunter (ménages voulant acheter une maison) ou à investir (entreprises voulant acheter une machine ou s''agrandir).
  • 2. Un endettement colossal des ménages américains lié au phénomène précédent et au crédit «subprime» (cf. Fin d''article).
  • 3. Des banques qui ont cru pouvoir se débarrasser du risque de non remboursement des prêts (risque de défaut) en inventant de nouveaux titres financiers qu''elles ont vendus à d''autres agents (compagnies d''assurance notamment...) d''où un éparpillement des risques dans l''économie qui fait qu''au final on ne sait plus trop qui le supporte vraiment. (Pour en savoir plus sur la titrisation : c''est ici)
Quand l''immobilier va bien, tout va bien, mais... Dans un premier temps, jusqu''environ en 2006, les prix de l''immobilier aux Etats-Unis (et ailleurs) augmentaient régulièrement. Les ménages qui ne pouvaient faire face à des remboursements trop élevés, cédaient leur bien immobilier à leur banque qui devait pouvoir se rembourser sur la valeur du bien qui avait augmenté entre temps (les anglo-saxons utilisent beaucoup cette pratique nommée crédit immobilier hypothécaire ou « mortgage », le créancier (banque) est propriétaire du bien acheté à crédit ce qui lui fournit une garantie)... Le problème survient quand le marché de l''immobilier se retourne, les prix des actifs immobiliers baissent, l''effet de « hausse des richesses » des ménages propriétaires -qui était automatique en période de hausse des prix (plus-value immobilière)- s''efface et ceux-ci ne peuvent plus rembourser leurs prêts bancaires. Les établissements de crédit se trouvent alors en danger mettant en péril par ricochet l''ensemble de ceux avec lesquels ils sont en relation (compagnie d''assurance qui assuraient notamment les risques de défaut de paiement). Pourquoi ce retournement du marché immobilier a-t-il plus pesé aujourd''hui que dans le passé ? Car qui joue au Ninja finit par se faire Hara-Kiri... Je m''explique. Les banques ont inventé les Subprimes : terme qui désigne des prêts immobiliers à taux variables dits "à risque" car réservés à des ménages à la solvabilité fragile (on les appelle aussi aujourd''hui crédits Ninja : car consentis à des ménages qui contrairement aux règles de prudence ne présentaient pas forcément de garanties, de revenus, de profession ( comme disent les américains No Income, No Job, No Assets = NINJA). Le nombre de crédits souscrits par les ménages était donc très élevé. En même temps,  les taux d''intérêt s''étaient  mis à augmenter entraînant une hausse des mensualités à rembourser. Le taux de défaut de remboursement se met à exploser. Environ 40 % des crédits souscrits en 2006 ne peuvent être remboursés aujourd''hui aux Etats-Unis... Le nombre de logements concernés par une procédure de saisie a explosé aux Etats-Unis (Graphique ci-dessous) Je rappelle aussi que comme les risques avaient été titrisés et saupoudrés dans l''économie (distribués aux entreprises, compagnies d''assurance...), les banques étaient moins attentives à ceux-ci. Il s''avère donc que par manque de prudence et d''encadrement (règles édictées par les Etats) et par espoir d''opportunité de profits, l''ensemble des acteurs financiers de l''économie aient contribué à faire entrer l''économie mondiale dans cette crise financière. (Voir la chronologie réalisée par Alternatives économiques) Aujourd''hui, partout dans le monde, les banques ont peur de se prêter de l''argent entre elles par peur de faillite d''un établissement (c''est pourtant quelque chose qu''elles font régulièrement en temps normal et qui est nécessaire à l''équilibre d''un système financier). Les actionnaires craignent pour la valeur de leurs titres et préfèrent les vendre aujourd''hui plutôt que d''attendre demain (alimentant du même coup la baisse des indices boursiers actuels). Les épargnants hésitent à retirer leurs dépôts épargnés. Les agents qui ont besoin d''investir ont plus de mal à accéder aux crédits principalement les (petites) entreprises pour lesquelles les banques ont désormais peur de prendre des risques. La confiance dans le système s''est envolée. C''est maintenant l''économie réelle (pas celle de la finance mais celle de la production de richesses) qui est touchée et par conséquent nos emplois ou nos revenus... L''économie de marché laissée à elle-même (dite aussi libérale : dans laquelle les interventions publiques devaient être, pour le moins, minimes) a montré ses limites et paradoxalement aujourd''hui la seule voie de sortie passe par les Etats...  Jérôme Chéreau
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Menaces sur les Sciences Economiques et Sociales

 
06/10/2008
 
L''économie est à la peine. La crise financière actuelle fait surgir des inquiétudes face à l''avenir (chômage, pouvoir d''achat) et pose la question cruciale de la régulation de l''activité économique. Depuis quarante ans maintenant, les lycées proposent aux élèves un enseignement de Sciences Economiques et Sociales qui leur permet de trouver des clefs de compréhension du monde qui les entourent. Cette matière qui a fait ses preuves auprès des élèves est souvent attaquée par certains milieux et particulièrement depuis un an (Rapport « Positive entreprise » rédigé par Thibaut Lanxade http://www.positive-entreprise.org/ape/2007/08/programmes-scol.html pour une critique de ce rapport : http://obouba.over-blog.com/article-12353186.html ou encore Rapport « Association Jeunesse et Entreprise » (AJE) présenté par Yvon Gattaz, ancien président du CNPF et Sophie de Menthon , présidente d’«Ethic » http://www.canalacademie.com/L-enseignement-de-l-economie-dans.html Analyse critique du rapport : http://www.apses.org/spip.php?article1281&lang=fr). Avec la réforme des lycées lancée par Xavier Darcos (qui doit entrer en application à la rentrée 2009 (!)) et pour laquelle nous ne savons pas grand chose à l''heure actuelle, nous craignons deux choses : une diminution drastique des horaires proposés aux élèves qui voudraient choisir un enseignement économique et social; une dénaturation de son contenu que les milieux énoncés ci-dessus trouvent trop défavorable aux entreprises ou trop favorable à l''étude des limites du marché (entre autres). Nous ne voulons pas non plus nous priver des interactions entre économie et sociologie dans l''étude des notions avec les élèves. Alors qu''aujourd''hui l''économie va mal et a besoin que les citoyens prennent toute leur part dans sa rénovation, on voudrait supprimer une matière essentielle à la construction de choix avisés et constructifs. N''y a-t-il pas là une contradiction majeure ? Pour soutenir les S.E.S. : Signez et faîtes signer l''appel pour les SES c''est ici ! Merci.
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