Réflexion en Sciences Economiques et Sociales par Jérôme Chéreau, professeur de S.E.S. au lycée Marguerite de Flandre de Gondecourt
Retour sur le sujet d’économie : coût du travail et chômage des travailleurs peu qualifiés du 23/01/2009
26/01/2009
La relation coût du travail - chômage est un grand classique des débats économiques. Le sujet demandait ici de centrer l''étude sur le chômage des travailleurs peu qualifiés. En effet, c''est pour ceux-ci que le problème paraît crucial car selon les libéraux, leur productivité marginale (ce qu''ils rapportent à l''entreprise) serait inférieure à ce qu''ils coûtent, expliquant alors leur non-embauche.
Le coût du travail comprend deux éléments essentiels : les salaires bruts versés aux salariés et les charges sociales incombant aux employeurs (cotisations patronales couvrant pour l''essentiel les risques santé, vieillesse et chômage). Concrètement, un salarié payé au SMIC à temps plein percevra aujourd''hui : 1 037,53 € nets mensuels mais le salaire brut (qui inclut les prélèvement à la source par les organismes sociaux de cotisations salariales) sera de 1321,02 €. De son côté, l''employeur devra s''acquitter de cotisations patronales (environ 40 % du salaire brut hors exonération) soit un total approximatif d''environ 1849 €. C''est le coût du travail minimal en France pour un individu à temps complet. On pourrait ajouter les frais de recrutement et d''éventuelles formations mais pour faire simple laissons les de côté.
Ainsi l''embauche serait difficile pour les travailleurs les moins qualifiés car les moins « rentables » pour l''entreprise compte tenu de leur coût impératif. La logique des politiques de l''emploi depuis 1993 confirme que cette analyse se diffuse dans le monde politique puisqu''on n''aura de cesse d''alléger les cotisations patronales sur les bas salaires (jusqu''à 1,7 fois le SMIC).
Mais réduire le coût du travail n''est pas sans conséquence. Il y a deux manières de procéder : réduire les salaires ou peser sur leur progression : socialement parlant cela paraît inacceptable et risqué au niveau des tensions sociales qu''une telle mesure pourrait susciter. Ou alors réduire la part versée aux titres des charges sociales mais celles-ci finançant le système de protection sociale il y aurait des conséquences inévitables en terme d''assurance des individus contre les risques.
La réussite d''un tel sujet dépendait donc de la mise en relation/ discussion de ces éléments ainsi que d''une réflexion plus large (aiguillé par les documents et le travail préparatoire) autour d''un contexte d''économie ouverte au niveau international. La contrainte extérieure pèse sur les Etats et réduire ou augmenter le coût du travail a forcément un impact pour l''emploi intérieur et pour la compétitivité des produits nationaux. Une baisse du coût du travail pourrait ainsi freiner les délocalisations et favoriser des investissements étrangers en France où la main d''œuvre reste exceptionnellement productive. En même temps, elle pourrait favoriser une baisse des prix de la part des producteurs nationaux propre à entraîner une élévation de la demande intérieure (Consommation et investissement) et extérieure (exportations).
Je vous conseille la lecture de cet article de l''INSEE de novembre 2008 d''Alexis Montaut sur « une heure de travail salarié en France - deux fois plus chère mais deux fois plus productive qu''en 1975 ». On revient sur une idée reçue car, même si le coût du travail s''est élevé depuis 1975, comme la main d''œuvre est plus efficace l''utilisation d''un salarié français n''est pas réellement plus coûteuse pour l''entreprise.