Avec tes mains
Parler de toi mon père, c'est remonter un fleuve en pirogue.
Partis sans savoir ce qu'allait être le terme du voyage.
On apprend les mots qui mènent du savoir à la connaissance.
Être vivant relevait déjà de l'offrande.
Autant dire un trésor pour toi l'enfant de la famine.
Ton cœur bat pour quelque chose qui serait du plaisir.
L'injustice suit son cours, comme elle te suivra longtemps.
Se battant tous les jours contre ce qu'ils nomment le destin.
L'envie de sauver sa peau est une idée, un réflexe permanent.
Pendant longtemps personne n'osera s'avouer qu'il vit un mauvais rêve, qu'il traverse un désert.
Un peu d'argent qui ne remplace pas la tendresse.
Tu as compris que même sans uniforme tu es un soldat.
La vie est ici, la survie est là-bas.
Nous nous éloignons de toi par dépit ou habitude.
Tu détournes souvent la tête comme si nous revenions d'un pays impossible à partager.
Cette séparation me mènera vers un autre monde.
Alors que toi, mon père, tu as passé des années à rêver au pays ton enfance.
Un torrent d'ignorance et de préjugés où la religion à fait son lit.
Toute ta vie tu n'as eu que ton corps pour t'exprimer.
Pour peu de temps sans doute tu es encore mon père.
Tu es arrivé au terme du voyage.
Devenir orphelin, c'est se séparer de cette intimité.
Aujourd'hui ton absence est définitive sans mots possibles pour l'atténuer.
1èreL 2010/2011