"Ce n'est pas forcément plus facile d'écrire sur les films qu'on aime"

A force de voir des films, on a le regard plus aiguisé. Mardi, les lycéens invités par l'OFAJ en étaient à leur sixième projection dans le cadre de la semaine de la critique. L'oeil de plus en plus alerte et la plume de plus en plus fluide, il leur reste encore deux critiques à écrire cette semaine. Parmi tous les textes, deux seront récompensés par un jury de professionnels. Interview détendue autour d'un sandwich avec quatre passionnées du lycée Louis Armand de Chambéry et leur professeur de cinéma.
Côté cinéma, Laura, Céline, Laure et Marlyne en connaissent un rayon. Il faut dire que ces élèves de Première et Terminale littéraire sont toutes en option cinéma et rédigent régulièrement des critiques sur les films qu'elles voient en cours. Le séjour à Cannes que leur proposent l'OFAJ, TV5MONDE et la Semaine de la Critique est une bonne occasion d'approfondir leurs compétences et de mettre en pratique tout ce qu'elles ont appris avec leur professeur Guillaume Deheuvels.
Un seul exemple: le film projeté ce matin, Sirta la gal ba du réalisateur irakien Shahram Alidi offre de nombreux parallèles avec Hiroshima mon Amour d'Alain Resnais dans son traitement subtil et poétique de la guerre. Pour les 4 chambériennes, Cannes n'est pas seulement l'occasion de marcher sur le tapis rouge et de côtoyer du beau monde. "Ici, on a vu des films qu'on ne verrait pas forcément à Chambéry. Cela nous ouvre des horizons. Et à force d'en voir, on aiguise notre oeil critique", explique Laure.
Mais qu'est-ce au juste qu'un regard critique? Céline a une petite idée sur la question: "Il y a un film que j'ai pas du tout aimé. Mais je sais qu'il est très intéressant en soi. Savoir apprécier la qualité d'un film qui ne nous touche pas forcément, c'est justement ce qu'on doit apprendre". D'ailleurs, les filles sont unanimes: ce n'est pas forcément plus facile d'écrire sur les films qu'on aime. Bien au contraire.
Guillaume, son professeur, confirme: "Un bon critique doit savoir sortir de l'affect et de la simple dialectique "J'aime / J'aime pas". Pour cela, il faut acquérir une bonne culture, être curieux, accepter la remise en cause, le questionnement, le doute, l'échange." Sur place, Guillaume essaie de guider ses élèves dans leurs réflexions, sans pour autant les influencer trop.
Mais à force de visionner puis de disséquer des films, peut-on encore apprécier un film de façon simple? "Bien sûr, répond Guillaume. Il y a d'abord le plaisir de la découverte. Le plaisir de la critique vient dans un second temps. Comme quand on démonte un moteur de voiture, c'est toujours intéressant de voir comment ça fonctionne."
Les filles deviendront-elles pour autant des "mécaniciennes du cinéma"? Céline, qui va se lancer l'an prochain dans des études d'histoire, n'exclut pas de devenir un jour scénariste. Quant à Marlyne, elle pensait jusqu'à la semaine dernière se tourner vers les métiers de l'humanitaire. Mais elle avoue que son expérience à Cannes pourrait bien la faire changer d'avis. Comme s'il suffisait d'un déclic… Remporter le prix de la meilleure critique à la fin de la semaine, par exemple?
Eva John et Romy Strassenburg