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Le blog du refus de l'échec scolaire

Un blog collectif autour de l’échec scolaire et des pistes de réflexion sur les moyens d'en sortir

 
 

Echec et mat

 
21/09/2009
 

Echec et mat, par Linda Besse


Au commencement, il y avait les peintures rupestres.

Les bambins étaient tous munis de dix doigts. Dans cette égalité parfaite, nul ne pouvait comparer leurs dessins : chaque mammouth avait sa particularité, sa qualité. Pas de notation barbare, pas de classement. Bambin préhistorique pouvait vivre pleinement. Sans se soucier de la concurrence.

Puis Charlemagne décida qu'il fallait changer la règle : on ne pouvait laisser croire aux bambins de la nation que l'égalité parmi les hommes était un acquis. Il créa l'école. Sur ce modèle d'élite, la société se bâtit, petit à petit. Les bambins des villes, devenus grands, firent les lois. Les bambins des champs les subirent, sans broncher, sans sourciller, ne sachant pas les lire. Et la "Gaule" continuait de tourner.

Tout la Gaule, non ? Seul un irréductible gaulois, du nom de Jules, décida de changer la donne ! En 1885, contre l'école de Charlemagne, il batailla, vaillamment ! Il instaura l'école gratuite, laïque et obligatoire. A l'âge de dix ans, tous les bambins devaient passer un certificat leur permettant d'accéder au niveau supérieur : bambin des villes l'avait  généralement du premier coup, bambin des champs, qui devait continuer de s'occuper des champs et n'avait ni le sou, ni le temps pour travailler correctement, le ratait le plus souvent. Jules Ferry appela cela "l'école de la République", reposant sur trois grands principes : liberté, égalité, fraternité.

Puis arriva 1975 ! Le ministre de l'époque désirait plus que tout participer à l'effort de la République et permettre à bambin des champs (qui  était devenu bambin des cités...) de côtoyer bambin des villes... Il instaura alors le collège unique ! Quelle merveilleuse idée que de permettre à toute une génération d'accéder à la connaissance ! Sans distinction ni de race, ni de couleur, ni de religion, ni de statut social... C'était la naissance de la "communauté éducative" !!!

Puis, on s'aperçut, qu'étrangement, malgré l'augmentation du budget de l'Education nationale, de plus en plus, les bambins (des villes et des cités confondus) ne savaient plus écrire, ne savaient plus lire. On réforma alors la méthode de lecture : le bambin apprit d'abord à reconnaître le mot, il apprendrait plus tard son alphabet...

Mais le niveau en mathématiques semblait lui aussi baisser dangereusement. On allégea alors le programme : le bambin roi ne pouvait en effet supporter ce rythme effréné. Cependant, tout cela manquait encore d'organisation ! Dans les ZEP, il fallait privilégier l'apprentissage de la langue : arriva alors le Chinois, l'Arabe, l'Italien, le Japonais.

Malgré toutes ces réformes et cette bonne volonté, les bambins ne connaissaient plus leur grammaire, ne savaient plus lire en sixième et avaient des difficultés à écrire.

Il y a peu de temps, le constat fut le suivant : si les élèves étaient en échec, c'était de la faute des enseignants et des programmes ! Les enseignants étaient mal formés et les programmes étaient déformés ! Il fallait donc de nouveau réformer !

Et pourtant, la violence augmentait, le niveau diminuait, le fossé entre bambins des cités et bambins des villes se creusait, les collèges privés se remplissaient...

Quoiqu'il en soit, il n'existe à l'heure d'aujourd'hui qu'un seul et unique moyen pour lutter contre l'échec scolaire. Nous en sommes  tous silencieusement persuadés... Cela ne demande pas un gros budget, cela ne demande pas de réformes monumentales, cela ne demande pas de revenir à l'ancien temps, car, qu'on se le dise, ce n'était pas mieux avant, c'était juste différent.

Il suffirait, peut-être, juste d'écouter bambin des villes et bambin des cités, il suffirait de les regarder. Aucune réforme ne fonctionnera tant qu'on leur fera croire qu'on est tous égaux devant l'éducation. Chacun à son talent et son talon d'Achille. Si bambin des villes est bon en mathématiques, il n'a peut-être pas la fibre artistique de bambin des cités. Si bambin des cités sait maîtriser la langue orale, il n'a peut-être pas les qualités scientifiques de bambin des villes.

Le collège unique est une illusion moderne. Si on ne sait pas tous marcher au même âge, si on ne sait pas tous parler au même âge, si on ne peut pas tous rêver au même âge, on ne pourra pas avoir le même niveau scolaire au même âge... Chacun devrait pouvoir avancer à son rythme... Mais cela n'a aucun intérêt économique alors... Alors on réforme. Encore et toujours. Jusqu'à ne plus savoir pour qui on le fait...

Par Linda Besse, enseignante et rédactrice du blog Prof, c'est le pied

Pour lire le billet dans son intégralité, rendez-vous sur Prof, c'est le pied

 
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Publié dans : L'échec scolaire
 
 
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