« Que faire » ? A question complexe, réponses multiples … à mobiliser de façon convergente !
Sans doute convient-il d’abord que les enseignants aillent « jusqu’au bout » de la responsabilité qui est la leur. Ne pas se satisfaire d’incriminer les programmes, le ministre, les parents… Même dans des situations de contrainte, un enseignant a des marges de manœuvre. Comment utiliser à plein cet espace d'action, s’autoriser à faire ce qui semble pertinent et que personne d’autre ne fera à notre place si on ne le fait pas ?
Ensuite, encourager l’action collective, concertée. Les équipes d’enseignants solidaires ont plus de chances, en croisant leurs analyses, de diagnostiquer les vrais problèmes de leurs élèves et de mettre en place des projets cohérents, adaptés aux apprentissages du plus grand nombre. Le numéro des Cahiers Pédagogiques qui sort ce mois-ci en donne une illustration.
Mais cette action collective ne naît pas comme par magie : une formation initiale de qualité donne des habitudes de travail concerté et initie un regard plus juste sur les élèves, sur le rapport au savoir, sur l’école. Mon expérience de formatrice m’a montré que les enseignants peuvent tirer profit d’outils mis à leur disposition et expliqués : résultats de recherche, statistiques, études comparatives venant déminer, parfois, certaines idées reçues. Les échanges entre pairs, à partir des premières expériences dans des contextes d’exercices différents contribuent aussi à donner une vision plus fine et moins simpliste du métier. Les établissements scolaires, s’ils s’emploient à relayer les acquis de la formation initiale et à faciliter l’ancrage sur le terrain, auront aussi à remplir une fonction d’établissements « formateurs ».
Enfin, les acteurs de terrain auront beau faire l’impossible, il est des décisions qui ne relèvent pas uniquement, voire pas du tout, de leur ressort ; pour exemple : les débats actuels sur la carte scolaire, sur les contenus de programme, sur l’organisation du temps scolaire. Au politique d’assumer aussi ses responsabilités, de faire des choix, de donner une impulsion avec une vraie vision d’avenir. Comme le dit le texte de présentation de la journée du 23 septembre : « C’est en devenant un espace accueillant, juste et efficace pour tous les enfants et les jeunes que l’école remplira ses missions. »
La convergence des réponses
Ce ne sera possible qu’à la condition que les leviers possibles ne se neutralisent pas. Si les acteurs de terrain se dépensent sans compter pour prendre en charge les élèves en échec, leurs efforts peuvent se perdre dans les sables face à une gestion de la carte scolaire qui renforcerait le clivage entre établissements élitistes et ghettos. De même, les mesures d’accompagnement à la scolarité ne résoudront rien en profondeur si on va vers une externalisation du traitement des difficultés d’apprentissage et si le cœur du métier n’est pas ré-interrogé.
De beaux défis à relever.
Par Nicole Priou, rédactrice aux « Cahiers pédagogiques ». Formatrice.