Réussir le passage de l’école au collège, par Jean Michel Zakhartchouk
Il est faux d’opposer l’école primaire, où tout irait bien, et le collège, où l’enfant est maltraité. Mais ce qui fait la difficulté du passage de l’école au collège, c’est le manque de continuité.
Au sein de notre système scolaire tel qu’il est, on éprouve beaucoup de mal à travailler dans la continuité temporelle : les élèves peuvent avoir l’impression qu’on apprend toujours les mêmes choses, année après année, et de recommencer à zéro chaque fois (que l’on pense à la grammaire par exemple).
Et, en même temps, on est dans une course permanente aux savoirs et les programmes sont extrêmement denses.
Le socle commun
L’idée du « socle commun de connaissances », c’était de construire, tout au long des années d’apprentissage, des étapes et des passages jusqu’aux 16 ans de l’enfant. Mais cette vision se heurte à notre tradition scolaire, qui a pour objectif d’enseigner le plus de choses possible, sans trop se préoccuper de savoir si elles sont assimilées !
À ce titre, les nouveaux programmes de l’école primaire (datant de 2008) sont un peu fous ! Si un élève apprend tout ce qui est dans le programme, on peut considérer qu’il saura déjà tout, avant même d’entrer au collège… Mais on sait bien au fond que c’est une fiction et qu’aucun élève ne peut vraiment maîtriser le programme.
En fait, 2 logiques différentes s’affrontent : d’un côté, la logique des programmes, et de l’autre, la logique de l’apprendre. Et cela influe la façon dont le professeur va bâtir son cours : en fonction de ce qui est à enseigner ou en fonction de ce qui peut être appris par chacun et par tous.
Ce qui aiderait à réduire l’échec scolaire, ce serait de créer plus de continuité entre le collège et le lycée, entre les niveaux… même si les ruptures sont aussi nécessaires.
Mais on en est loin, car l’institution n’a pas envie - ou n’a pas le courage ! - d’aller contre cette tradition scolaire qui remonte à l’invention de la distinction entre primaire et secondaire.
J’enseigne dans un collège très défavorisé : certains élèves sont habitués à rédiger tandis que d’autres n’ont fait que de la grammaire à haute dose, sans pour autant avoir retenu grand-chose des innombrables exercices à trous ou conjugaisons à réciter ! Comme les programmes sont encyclopédiques, les enseignants sont libres de privilégier ce qu’ils souhaitent, d’où de fortes disparités !
Favoriser la continuité, c’est aussi, par exemple, tenir compte « ce qui a été appris avant » : savoir que certains élèves ont appris l’anglais avant l’entrée au collège, et prendre en compte cette donnée pour bâtir son programme d’apprentissage de l’anglais.
Il ne faudrait pas vouloir toujours « aller au-delà » du programme, car, souvent, on en fait moins, en voulant faire plus.
Mutualiser les savoirs de l’école et du collège
Une autre piste pour lutter contre l’échec scolaire : mutualiser, dans des échanges entre l’école et le collège, ce qu’il y a de meilleur dans chaque niveau.
Il y a des connaissances différentes, et c’est intéressant d’arriver à échanger : les programmes de français de collège sont « spécialisés » quand ceux de l’école ont le mérite de passer par des méthodes plus vivantes, comme de travailler en groupe.
Combattre le stress des enseignants du primaire
Enfin, il faut combattre le stress des enseignants du primaire qui veulent absolument préparer la suite ! Il faut bien réfléchir à ce qu’on attend d’un élève : être moins exigeant en théorie et plus exigeant dans la réalité concrète… Et lutter contre cette course perpétuelle, pour vivre pleinement la spécificité de l’enseignement de chaque année.
Par Jean Michel Zakhartchouk, enseignant au collège, rédacteur aux Cahiers Pédagogiques et auteur de Réussir le passage de l’école au collège, Collection Repères pour agir, CRDP d’Amiens et CRAP-Cahiers pédagogiques.