Étudier Huis clos sans resituer la pièce dans la pensée de Sartre nous amènerait à faire une étude complètement abstraite. Il faut avant tout s''intéresser à la philosophie de l''écrivain, notamment au chapitre III de l''être et le néant pour comprendre la genèse de l''écriture de la pièce. Artiste polymorphe, Jean Paul Sartre a écrit des pièces de théâtre, des essais philosophiques, des romans, des études critiques, ....Huis clos est une pièce incontournable. Au début, Sartre avait choisi de murer vivant ses personnages, il y renonce et choisit de les mettre en enfer...
Sartre ... un philosophe, un écrivain mais encore ?
Sartre résumera ses ambitions dans une belle formule que Simone de Beauvoir nous rappelle :
"Vous m''avez dit, quand nous nous sommes connus : je veux être Spinoza et Stendhal"
En 1974, Simone de Beauvoir, qui déjà dans les Mémoires d''une jeune fille rangée explique : " [...] en causant avec Sartre, j''entrevis la richesse de ce qu''il appelait sa "théorie de la contingence" où se trouvaient déjà en germe ses idées sur l''être, l''existence, la nécessité, la liberté. J''eus l''évidence qu''il écrirait un jour une œuvre qui compterait [...]. Il aimait autant Stendhal que Spinoza et se refusait à séparer la philosophie de la littérature. "
Le théâtre dans la vie de Sartre.
En 1940, alors qu''il se trouve prisonnier dans un camp d''officiers au stalag de Trèves, Jean-Paul Sartre s''essaie à l''écriture théâtrale pour la première fois avec un mystère de Noël, Bariona ou le Fils du tonnerre. Cette expérience l''éclaire sur l''efficacité du théâtre, "un art social qui produit des faits collectifs" qu''il inscrira dans sa démarche intellectuelle comme une application de son discours philosophique, mis en dialogue et en scène. En 1974, Sartre admettra n''avoir plus rien à dire au théâtre :
"On ne peut pas écrire une pièce sans qu''il y ait urgence."
En effet, Sartre estimait ne pouvoir écrire de pièces de théâtre que dans l''urgence. Il est important de préciser le rôle de Charles Dullin. Ce dernier a été la première personne à faire confiance à Sartre en l''aidant à mettre en scène Huis clos au théâtre du Vieux Colombiers. Sartre est donc initié et formé par Charles Dullin (le directeur du théâtre de l''Atelier et l''un des membres du Cartel, formé à l''école de Jacques Copeau)
révélateur pour Sartre.
Il l’encourage à faire progresser sa réflexion dramatique
Il lui confie un cours sur le théâtre antique de son école d’art dramatique ( pour lui permettre de survivre pendant la guerre) Sartre acquiert ainsi une culture théâtrale qui l''amène à penser le théâtre antique comme source d''inspiration et ressort de pièces marquantes telles Les Mouches, puisées aux sources de L''Orestie.
Il montre aux acteurs comment par des coupures remédier à un dialogue trop verbeux et comment une pièce: "doit être le contraire d’une orgie d’éloquence”.
"Le théâtre est geste, et le geste est un acte qui n''a pas sa fin en lui-même, un mouvement destiné à montrer autre chose."Jean-Paul Sartre, "Théâtre épique et théâtre dramatique"
Huis Clos ?
Deuxième pièce écrite par Jean-Paul Sartre (1905-1980), Huis clos fut représenté pour la première fois au théâtre du Vieux-Colombier à Paris, le 27 mai 1944, avant d''être publié chez Gallimard l''année suivante. Après Les Mouches (1943), parabole sur la résistance en pleine Occupation, Sartre semblait s''éloigner d''un théâtre engagé dans l''Histoire au profit d''un apologue philosophique sur la liberté de l''Homme et ses rapports avec autrui. Rupture apparente seulement, tant il est vrai que la pièce offrait de profondes résonances avec un temps et des circonstances où chacun était sommé de faire des choix. « Jamais, dira Sartre plus tard, nous n''avons été plus libres que sous l''occupation allemande. » « L''enfer, c''est les autres »Un acte unique divisé en cinq scènes dont la dernière occupe à elle seule plus des trois quarts de la pièce, une action réduite à sa plus simple expression - la confrontation de trois personnages -, située nulle part et hors du temps, une fin qui ne résout rien et ouvre sur un éternel recommencement... Par sa structure même, Huis clos semble tenir de la gageure formelle. Les quatre premières scènes forment une manière d''exposition.(...)
Peu après la guerre, pourtant, Sartre renie quelque temps Les Mouches et Huis clos, qu''il étiquette pièces de circonstance et non théâtre d''engagement.
L’enfer, c’est les autres
( cf l''interview de Sartre étudiée en cours). Sartre ressentira le besoin d''apporter quelques éclaircissements à propos de cette phrase souvent mal comprise.
Sartre s''explique donc :
"On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c''était toujours des rapports infernaux. Or, c''est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l''autre ne peut être que l''enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu''il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes."
I. Qu''est-ce que le Quartier de la Goutte d''Or ?
Le Quartier de la Goutte d''Or tire son nom du vin qu''on produisait sur ces anciennes terres agricoles. Il fait également référence à la goutte couleur or du vin blanc produit par les vignes. Ce quartier a donc été en premier lieu des terres agricoles.
Ces dernières furent loties par des promoteurs immobiliers. Le quartier change: des immeubles composés de petits logements et des hôtels meublés ("les Garnis") viennent animer ce quartier populaire.
La Goutte d''Or, espace structurant du récit est le point de départ de l''Assommoir. Témoin des joies, des peines et des errances de Gervaise, le Quartier de la Goutte d''Or est aussi un témoin de la vie du monde ouvrier. Des ouvriers qui fourmillent, qui travaillent et qui empruntent chaque jour les boulevards. Il est également présenté comme un espace fermé dont il semble difficile de sortir ( cf. chapitre 1, la vie de Gervaise est encadrée par deux lieux symboliques: l''hôpital et l''abattoir.)
II. Les notes préparatoires: le point de départ
Les notes préparatoires de Zola sur les décors sont incontournables et constituent un matériau considérable pour la rédaction de l''Assommoir. En regardant de près ces notes, on peut voir précisément les étapes du travail en "amont" de l''auteur. En ce qui concerne le Quartier de la Goutte d''Or, Zola a défini son travail de la façon suivante:
¿ l''établissement de ses priorités (importance du Quartier dans la narration, traitement de l''espace, plan précis de la grande maison de la Goutte d''Or.
¿ la création d''une atmosphère (croquis, notes).
¿ une vue d''ensemble (plans, documentations, témoignages recueillis, constitution de dossiers de presse), etc.
Grâce à ces notes, on peut suivre l''itinéraire des personnages sur les plans ou encore se rendre compte des croquis faits par Zola lui-même (lavoir, blanchisserie, l''hôtel Boncoeur, ...) Ces croquis sont également un témoignage historique au sens où ils témoignent d''un quartier en pleine mutation (rappelez vous lorsque nous avons parlé des travaux du préfet Haussmann dans Paris).
III. Une promenade dans Paris
Les rues suivantes existent toujours: rue des Poissonniers, rue de la Goutte d''Or, rue Poulet, rue Polonceau, villa Poissonnière. La place de l''Assommoir.
Vous pouvez regarder les cartes qui figurent dans cet article ou encore utiliser Google maps pour voir de près ces rues qui sont chargées d''histoire (possibilité de visionner des rues entières par quartier et par numéro). Nombreuses sont les ouvrières qui ont arpenté le Quartier de la Goutte d''Or. Elles aussi auraient pu s''appeler Gervaise ...
De plus c''est une opportunité pour vous de faire une incursion dans l''histoire et de se rendre compte des changements lors de la révolution industrielle et des transformations architecturales de la fin du XIXe.
Si vous vous promenez dans Paris ou encore dans votre quartier, interrogez vous. Comment auriez-vous pris en compte tous les éléments qui vous entourent afin de le retranscrire dans un article, journal ou
encore un roman ? Quelle serait votre description ? (Allure générale d''un bâtiment, la vie secrète d''une cour intérieure, la vie d''une famille au rez-de-chaussée qu''on ne fait que deviner, détails architecturaux, etc...). Les commentaires ou encore des travaux sont les bienvenus !!!
IV. Quelques croquis et notes préparatoires de Zola concernant la Goutte d''or
( documents BNF)
Voici ce que Zola écrit:
"Rue de la Goutte d''or
Du côté de la rue des Poissonniers, très populeux. Du côté opposé, province.
La grande maison entre deux petites est près de la rue des Poissonniers, à quatre ou cinq maisons. Elle a onze fenêtres de façade et six étages. Toute noire, nue, sans sculptures ; les fenêtres avec des persiennes noires, mangées, et où des lames manquent. La porte au milieu, immense, ronde. À droite, une vaste boutique de marchand de vin, avec salles pour les ouvriers ; à gauche, la boutique du charbonnier, peinte, une boutique de parapluies, et la boutique que tiendra Gervaise et où se trouvait une fruitière. En entrant sous le porche, le ruisseau coule au milieu. Vaste cour carrée, intérieure. Le concierge, en entrant à droite ; la fontaine est à côté de la loge. Les quatre façades, avec leurs six étages, nues, trouées des fenêtres noires, sans persiennes ; les tuyaux de descente avec les plombs. En bas, des ateliers tout autour ; des menuisiers, un serrurier, un atelier de teinturerie, avec les eaux de couleur qui coulent. Quatre escaliers, un pour chaque corps de bâtiment A. B. C. D. (Au dedans, de longs / couloirs à chaque étage, avec des portes uniformes peintes en jaune. Sur le devant, dans les logements à persiennes, logent des gens qui passent pour riches. Dans la cour, tous ouvriers ; les linges qui sèchent. Il y a le côté du soleil, et le côté où le soleil ne vient pas, plus noir, plus humide. Cour pavée, le coin humide de la fontaine. Le jour cru qui tombe dans la cour.)."Voici ce qu''on peut lire dans l''Assommoir (chapitre 2):"Gervaise se retourna, regarda une dernière fois la maison. Elle paraissait grandie sous le ciel sans lune. Les façades grises, comme nettoyées de leur lèpre et badigeonnées d''ombre, s''étendaient, montaient ; et elles étaient plus nues encore, toutes plates, déshabillées des loques séchant le jour au soleil. Les fenêtres closes dormaient. Quelques-unes, éparses, vivement allumées, ouvraient des yeux, semblaient faire loucher certains coins. Au-dessus de chaque vestibule, de bas en haut, à la file, les vitres des six paliers, blanches d''une lueur pâle, dressaient une tour étroite de lumière. Un rayon de lampe, tombé de l''atelier de cartonnage, au second, mettait une trainée jaune sur le pavé de la cour, trouant les ténèbres qui noyaient les ateliers des rez-de-chaussée. Et, du fond de ces ténèbres, dans le coin humide, des gouttes d''eau, sonores au milieu du silence, tombaient une à une du robinet mal tourné de la fontaine. Alors, il sembla à Gervaise que la maison était sur elle, écrasante, glaciale à ses épaules. C''était toujours sa bête de peur, un enfantillage dont elle souriait ensuite. - Prenez garde ! cria Coupeau. Et elle dut, pour sortir, sauter par-dessus une grande mare, qui avait coulé de la teinturerie. Ce jour-là, la mare était bleue, d''un azur profond de ciel d''été, où la petite lampe de nuit du concierge allumait des étoiles."
"La grande maison":
Sur le côté droit, on peut lire:
"Rue Neuve, ils habitent une petite mai-son, une grande chambre et un cabinet. Les Goujet ont trois pièces, très petites ; une à l''entrée, puis la chambre de la mère et la chambre du fils. Au rez-de-chaussée, le principal locataire est un coiffeur."En bas du croquis:"Boutique de Gervaise charbonnier, restaurateur, loge.
On fait la cuisine dans la boutique, mais on ne mange pas dans la chambre.
Chambre des Coupeau. Porte sur la cour pour Lantier. Cabinet où couche Madame.
Coupeau ( porte vitrée). Un lit pour Etienne qui couchera plus tard dans la boutique."
Gravure de Gaston Latouche pour l''ouvrage en 1878 (provenance BNF)
Jeudi 15 janvier : commentaire composé à rendre ( introduction entièrement rédigée et un thème directeur à développer).
Il s''agit du texte extrait du chapitre II: " L''assommoir s''était empli (...) C''est bête, ça me fait froid, cette machine.... la boisson me fait froid".
I. Dégager les caractéristiques majeures du texte
¿ Contextualiser son auteur, son origine, sa date de publication ou de représentation.
¿ Donner son sens littéral, c''est-à-dire rendre compte de son contenu aussi clairement que précisément, ce qui permettra de le classer dans une catégorie littéraire (Portrait mélioratif, lettre de rupture, scène d''aveu, incipit ou dénouement de roman, sonnet lyrique, pamphlet, etc.)
¿ Identifier son genre (théâtre, roman, poésie, essai, épistolaire) et le mouvement littéraire dans lequel il prend place ( ex. humanisme, surréalisme), si ce dernier est clairement reconnaissable, ainsi que les thématiques qui lui sont associées.
¿ Repérer les types de discours qui composent le passage ( ex. narratif, descriptif, argumentatif, explicatif, récit). Les textes soumis à votre étude font souvent cohabiter plusieurs types de discours. Cependant, l''un de ces types domine sur les autres.
¿ Percevoir les registres dominants: comique, critique, tragique, ironique, pathétique, lyrique, satirique, épique, didactique, polémique.
¿ Identifier la visée littéraire: susciter l''imaginaire, provoquer une émotion, faire réfléchir, transmettre un point de vue ...
¿ Dresser une fiche d''identification qui reprendra brièvement l''ensemble des caractéristiques: elle vous sera utile pour rédiger la présentation et dresser les axes majeurs de l''étude.
II.Rédiger la présentation du texte
¿ Synthétiser en un paragraphe les caractéristiques majeures que vous avez ainsi dégagées.
¿ Soigner la rédaction de la présentation: si elle doit contenir l''ensemble de ces éléments, elle doit aussi les présenter le plus élégamment possible.
III.Exemple
"Cette pièce est dans tout son lustre au moment où, vers sept heures du matin, le chat de madame Vauquer précède sa maîtresse, saute sur les buffets, y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d''assiettes, et fait entendre son rourou matinal. Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis; elle marche en trainassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d''église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où suinte le malheur, où s''est blottie la spéculation et dont madame Vauquer respire l''air chaudement fétide sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d''automne, ses yeux ridés, dont l''expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l''amer renfrognement de l''escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne. Le bagne ne va pas sans l''argousin, vous n''imagineriez pas l''un sans l''autre. L''embonpoint blafard de cette petite femme est le produit de cette vie, comme le typhus est la conséquence des exhalaisons d''un hôpital. Son jupon de laine tricotée qui dépasse, sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont la ouate s''échappe par les fentes de l''étoffe lézardée,résume le salon, la salle à manger, le jardinet, annonce la cuisine et fait pressentir les pensionnaires. Quand elle est-là, ce spectacle est complet."
Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.
¿ Contexte : Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835
¿ Sens littéral du texte (de quoi ça parle ?) : Double description en miroir de Madame de Vauquer et de sa pension sur le mode satirique. Son arrivée est qualifiée de "spectacle complet".
¿ Catégorie littéraire: portrait, incipit
¿ Genre: roman
¿ Mouvement: réalisme
¿ Type de texte: descriptif
¿ Registre: satirique
¿ Visée littéraire: susciter l''imaginaire, transmettre un point de vue
"Je veux coucher l''humanité sur une page blanche."
Très ambitieux lors de la rédaction des Rougon-Macquart, Zola décide de s''intéresser au milieu ouvrier. L''Assommoir nous dévoile un personnage qui est une femme. Gervaise, blanchisseuse. Méticuleuse et travailleuse, Gervaise incarne l''ouvrière sous le second empire.
Fidèle à son entreprise naturaliste, Zola s''intéresse de près aux métiers ouvriers. La description du métier de blanchisseuse est d''une remarquable précision, proche du documentaire. Laver et repasser constituent le quotidien du personnage. C''est d''ailleurs autour du linge que se construit la vie de Gervaise. Il sera acteur de son ascension sociale mais aussi de sa chute. Empêtrée dans le linge sale, étourdie par toute la crasse, Gervaise se laissera aller.
La scène du lavoir
¿ La scène du lavoirdans le chapitre I s''apparente à une scène de théâtre. Cet affrontement entre Gervaise et Virginie a pour origine l''abandon de Gervaise. On assiste à une montée de violence, d''abord verbale. La violence physique succèdera aux insultes entre les deux personnages pour atteindre un point culminant, symptomatique de la rage des deux femmes.
Gervaise, désespérée, jalouse cède à la provocation. Elle administre une fessée à Virginie. Le combat est d''une dimension épique (les coups, les bruits rauques du combat bestial, les insultes, le sang, ...). N''oublions pas les personnages du lavoir qui représentent un public très réceptif, à la recherche d''émotions.
¿ La scène du lavoirn''est pas anodine. Elle sert l''intrigue romanesque. C''est sur cette humiliation profonde que Virginie reviendra ronger les pans de la vie de Gervaise et l''humilier à son tour.
Pour en savoir plus sur le thème du lavoir : lire les pistes pédagogiques de la BNF - personnage: Gervaise et la métaphore du linge ( cf la liste des liens)
Voici une scène du film de René Clément, "Gervaise". Réalisé en 1956, il met en scène des acteurs comme Maria Schell (Gervaise) et François Périer (Coupeau).
¿ Pensez à comparer la façon dont R. Clément traite la scène du lavoir avec les passages de l''Assommoir consacrés au lavoir dans le chapitre I.