Figure de la gauche intellectuelle américaine, connu du grand public pour son Histoire populaire des Etats-Unis, l'historien Howard Zinn est mort mercredi 27 janvier. Il avait 87 ans. Né le 24 août 1922, ce fils d'immigrés juifs polonais grandit à New York, où son père gagne péniblement sa vie en vendant des bonbons. C'est là qu'il connaît sa première expérience professionnelle, comme ouvrier sur les chantiers navals de Brooklyn, avant de rejoindre l'armée de l'air en 1943. Cette expérience à bord des bombardiers B-17 transformera en pacifiste viscéral celui qui s'était engagé dans la guerre par antifascisme. Profitant du GI Bill, une loi de 1944 permettant aux soldats démobilisés de pouvoir s'inscrire à l'université gratuitement, Howard Zinn étudie à Manhattan, à New York University (NYU) puis à Columbia, où il obtient son doctorat d'histoire, en 1958. Il fera carrière dans l'enseignement supérieur. D'abord au Spelman College d'Atlanta (Géorgie), connu pour être le plus ancien établissement de ce type à avoir accueilli des étudiantes noires ; ensuite à l'université de Boston (Massachusetts), où il enseigne de 1964 à 1988. Il s'y fera notamment remarquer en s'opposant frontalement au président de l'université, John Silber, réputé pour son conservatisme. C'est toutefois pour ses interventions en dehors du champ strictement académique qu'Howard Zinn se fera connaître. En s'engageant, dès la fin des années 1950, dans le mouvement des droits civiques contre la ségrégation raciale. Et surtout en militant, au cours de la décennie suivante, contre l'intervention américaine au Vietnam. Un geste, en particulier, contribuera à sa notoriété. Il s'agit de son voyage à Hanoï pendant l'offensive du Têt, en janvier 1968, aux côtés du révérend Daniel Berrigan. Les images des deux hommes assistant à la libération de trois pilotes américains prisonniers des Nord-Vietnamiens feront le tour du monde. Représentant d'une gauche volontiers qualifiée aux Etats-Unis de "radicale", c'est à l'histoire de cette mouvance, et en particulier à celle des luttes politiques et sociales de son pays, qu'Howard Zinn a consacré l'essentiel de ses recherches. Après un premier travail sur le "massacre" de Ludlow (Colorado), en avril 1914, l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire du mouvement ouvrier américain, il s'intéresse, dans le cadre de sa thèse, à la figure de Fiorello LaGuardia (1882-1947), un maire de New York connu pour sa sensibilité aux questions sociales et son engagement en faveur du New Deal de Franklin D. Roosevelt. Le prix que l'American Historical Association lui décerne, en 1959, pour cette étude l'impose comme l'un des historiens les plus en vue de sa génération. Historien prolifique, dramaturge à ses heures, auteur de nombreux essais sur le racisme, le monde ouvrier, l'anarchisme, l'idée de guerre juste ou la notion de désobéissance civile, Howard Zinn reste toutefois connu principalement pour un livre : A People's History of the United States.
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Paru en 1980, réactualisé au fil des années, traduit en français, en 2002, sous le titre Une histoire populaire des Etats-Unis (éd. Agone), ce récit résolument engagé, qui écorne quelques icônes (des Pères fondateurs de la démocratie américaine aux présidents démocrates du XXe siècle), sans manquer de célébrer les opprimés et leurs défenseurs, est devenu un véritable best-seller. Vendu à plus de deux millions d'exemplaires en trente ans, cité comme référence, il fait partie des rares livres d'histoire à avoir, aux Etats-Unis, connu un tel succès. Au point de se voir adapté en bande dessinée (la traduction française a été publiée, en 2009, chez Vertige Graphic).
