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Histoire géo à Jules Haag

 
 

Dis Père Noël, ils viennent d'où tes cadeaux ?

 
15/12/2008
 

 

Une bonne partie des cadeaux qui seront bientôt déposés par le Père Noël au pied de nos sapins aura été fabriquée en Chine. L'atelier du monde produit 60 % des jouets de la planète. Mais les alertes sur la qualité et les risques sanitaires des produits "made in China" se sont multipliées récemment en France : bottes ou canapés allergisants, mélamine retrouvée dans des bonbons ou dans de la farine de soja ingérée par des poulets bio. Elles rappellent d'autres affaires, qui ont fait le tour de la planète : dentifrice à l'antigel, jouets recouverts de peinture au plomb, etc. L'Union européenne et les Etats-Unis déplorent le manque de sécurité des produits. Les produits chinois ne sont pas les seuls concernés, comme l'a montré la découverte de boutons d'ascenseur radioactifs dont la matière première était importée d'Inde. Et tous les problèmes de sécurité ne viennent pas des pays émergents : l'Irlande a dû rappeler récemment sa production de porc contaminée à la dioxine - une substance retrouvée également cette année dans de la mozzarella italienne...

Selon une étude de la société spécialisée EcoVadis, sur plus de 300 fournisseurs de 12 multinationales françaises, 52 % des sous-traitants situés dans les pays en développement sont jugés risqués et 9 % très risqués.

 L'évaluation comprend des critères environnementaux, sociaux, éthiques, et la gestion par le sous-traitant de sa propre chaîne d'approvisionnements. De leur côté, 42 % des fournisseurs situés dans les pays développés sont également jugés risqués et 2 % très risqués."Tous les fournisseurs à risques ne sont pas dans les pays à risques, et tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne, souligne Pierre-François Thaler, cofondateur d'EcoVadis. Les risques sont plus faibles dans les familles de produits très réglementées et à forte valeur ajoutée, comme le développement électronique, et beaucoup plus élevés, à l'inverse, dans des secteurs comme les objets promotionnels, qui fonctionnent avec une myriade de petites entreprises : des petits importateurs européens font du négoce de produits fabriqués dans des pays à bas coûts salariaux, à 80 % en Chine." Avec la mondialisation et le transfert de la production dans des pays à bas salaires et à faibles normes sociales et environnementales, les entreprises sont confrontées à plus d'aléas dans la gestion de leurs approvisionnements. Mettant en cause la sécurité mais aussi la confiance des consommateurs, l'enjeu est de plus en plus crucial. Poussées par la vague du développement durable et les risques d'image, les entreprises incluent des chartes sociales et environnementales dans leurs contrats commerciaux. Elles surveillent leurs sous-traitants, notamment en réalisant ou en commandant des audits. Partie de la demande de l'opinion publique et des consommateurs, l'exigence de développement durable descend l'ensemble de la chaîne de production selon "une démarche en cascade", explique Stéphane Le Corre, directeur de la stratégie, de l'innovation et des achats d'Alstom : "Nous signons des chartes avec nos clients en nous engageant sur des critères de développement durable que nous devons aussi faire respecter à nos fournisseurs. Nous pouvons être audités par nos clients. Nous faisons donc la même chose auprès de nos fournisseurs." Depuis deux ans, son groupe a introduit ces critères dans la qualification et le suivi de ses sous-traitants. Les conditions générales d'achat comprennent une charte de pratiques à respecter : appliquer les lois et règlements, proscrire le travail des enfants, garantir la liberté d'association, ne pas polluer les sites, etc. "Le non-respect de cette charte est une clause de rupture du contrat. Cela nous est déjà arrivé plusieurs fois, pas seulement dans les pays dits "à risques", et finalement pas plus en Chine ou en Inde qu'en Europe de l'Ouest, où nous avons aussi eu de mauvaises surprises en matière de gestion des salariés ou de pollution des sites", explique M. Le Corre. Dans la pratique, les équipes de qualité d'Alstom réalisent des audits s'il y a "des doutes sur un fournisseur ou des problèmes de non-conformité de certains produits, que nous nous empressons de retirer s'ils contiennent des matières proscrites", explique M. Le Corre. Une note de un à cinq est attribuée au fournisseur : à quatre, il doit s'engager à des améliorations, selon un calendrier précis, et à cinq il est exclu. Pour éviter les accidents, il faut donc trouver les meilleurs producteurs, si possible dans les pays les plus sûrs. C'est ce à quoi s'efforce le groupe fromager Bel, qui acquiert localement les matières premières pour ses usines en Europe et aux Etats-Unis. Pour les autres, il peut aussi acheter "sur le marché mondial, auprès des pays laitiers majeurs", explique Stéphane Paillot, son directeur des achats. Cependant, précise-t-il, " nous évitons, par précaution, de nous approvisionner dans certains pays, y compris en Europe, afin d'échapper aux risques de fraudes organisées". "Nos fournisseurs de matières premières - le beurre ou la poudre de lait par exemple - sont audités avant d'être homologués, et tous les lots utilisés pour la production font l'objet notamment d'un contrôle bactériologique", ajoute-t-il. Certains lots peuvent être refusés. De plus, "nous assurons une traçabilité fine de nos produits et de leurs constituants", indique M. Paillot. Plus on remonte loin dans la chaîne de production, plus il est difficile, toutefois, de suivre l'origine des composants et des matières premières. Ainsi, le courant d'affaires entre la Chine et l'Afrique reste " un trou noir d'un point de vue social et environnemental", explique Sylvain Guyoton, vice-président d'EcoVadis. "Nous envoyons des questionnaires aux fournisseurs et leur demandons de fournir des justificatifs à l'appui de leurs réponses. En Chine, même si les pratiques internes du fournisseur sont parfois bonnes, nous n'avons jamais reçu aucune preuve tangible sur le critère du contrôle par le fournisseur de sa propre chaîne d'approvisionnements vis-à-vis de l'Afrique ou de l'Amérique latine", conclut-il. Il reste au développement durable de nombreux espaces à conquérir.

D’après Le Monde du 15/12/2008.

 

 
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Publié dans : La mondialisation
 
 
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