Antoon Van Dyck (1599-1641) est de ces mythes dont raffole l''histoire de l''art.
Pourtant, jamais la France n''avait consacré d''importante rétrospective à cet immense peintre flamand, nomade qui hanta les cours de l''Europe de la première moitié du XVIIe siècle. Le Musée Jacquemart-André, à Paris, répare l''oubli, en rassemblant une trentaine de portraits et une dizaine de dessins.
C’est dans le portrait d''apparat que s''est affirmé cet élève de Rubens, qui n''attendit pas de sortir de l''atelier du maître pour connaître le succès : toute la haute société de l''époque est passée sous son pinceau. Les grands marchands d''Anvers prennent la pose sous le regard déjà incroyablement vif de ce gamin d''à peine 20 ans. Amidonnés sous la collerette et l''étiquette, ses modèles rayonnent de vie. Très tôt, Van Dyck concentre son savoir-faire sur leur teint rose, rosacé ou cireux ; sur l''attitude des mains, qui surgissent des satins et moirures noires de leurs amples vêtements. Quelques coups de brosse blancs suffisent à faire miroiter le tissu le plus charbonneux. C''est au fil d''un voyage en Italie que Van Dyck révèle tout son génie. Raphaël et Titien l''inspirent, sa palette s''enrichit, sa gestuelle se théâtralise, les canons se brisent. Dans son Autoportrait de 1622, il se présente à nous comme un jeune homme infiniment sûr de lui et de sa patte. Les tissus sont traités avec une liberté frappante, parfois dans un bouillonnement sauvage, parfois avec une sophistication extrême. On croirait presque que plusieurs mains se sont affairées au même tableau. Déjà romantique, encore fasciné par l''antique, comme le souligne la colonne sur laquelle repose sa main, Van Dyck est dans la perfection de son art. Il meurt, en 1641, âgé de 42 ans.
D''après Le Monde du 03/11/2008.