A chaque découverte des gratteurs de fossiles, l'homme de Neandertal, notre lointain cousin disparu voilà 30 000 ans, se rapproche un peu plus de nous. Etude après étude, ses oripeaux de rustre mal dégrossi, grand dévoreur de viande aux manières primitives, tombent en lambeaux. Laissant apparaître un homme différent mais, sur bien des plans, pas moins "civilisé" que Sapiens. Auquel, on le sait depuis peu, il a du reste transmis par croisements une petite partie de son patrimoine génétique.
Le travail d'une équipe de paléoanthropologues de Washington et de Panama, montre que Neandertal, tout comme l'homme moderne, se nourrissait aussi de plantes et de fruits. Mieux encore, qu'il les cuisait. Et que ces pratiques impliquaient une grande faculté d'adaptation.

Notre parent archaïque a longtemps été réputé avoir une alimentation presque exclusivement carnée, que lui fournissait la chasse des grands mammifères Cette fois, les chercheurs ont trouvé des témoins irréfutables : sept dents (trois molaires, deux prémolaires, une canine et une incisive) appartenant à trois squelettes retrouvés dans deux dépôts de restes néandertaliens bien connus.
Ces dents sont couvertes de tartre (ou calcul) et, décrivent les auteurs, ces dépôts calcifiés sont de très efficaces pièges à particules alimentaires microscopiques, parfaitement conservées. On y trouve notamment des résidus de dattes, de légumineuses, de graminées (dont des variétés proches de l'orge actuel et du sorgho), ainsi que de rhizomes (partie souterraine de la tige) de nénuphars.
Ce n'est pas tout. L'inspection dentaire montre que beaucoup de ces résidus ont subi des transformations dues à une cuisson. Les végétaux, pensent les auteurs, devaient être bouillis dans l'eau plutôt que grillés sur les braises.
Ces conclusions sont d'autant plus marquantes qu'elles proviennent de deux sites géographiquement très éloignés, aux contextes environnementaux et climatiques différents. Reste alors, puisque leur alimentation n'est pas en cause, le mystère de la disparition des néandertaliens. Pour Marylène Patou-Mathis, ils auraient été victimes d'une démographie insuffisante pour le vaste territoire qu'ils occupaient.
D’après Le Monde.