La faim de sable des promoteurs immobiliers continue de nourrir une extraction incontrôlée en Asie du Sud. Pour alimenter les projets d'expansion sur la mer du territoire de Singapour, les entrepreneurs de la cité-Etat ont besoin de sable, qu'ils vont chercher désormais en grande partie au Cambodge.
Mais, selon un rapport de l'ONG britannique Global Witness, ces achats se font sans un contrôle rigoureux des conditions d'extraction, aux dépens des ressources naturelles cambodgiennes.
Si l'industrie de la construction de Singapour se tourne ainsi vers le Cambodge, c'est, entre autres, parce que le Vietnam va interdire, en juin, l'export de sable tiré de ses rivages. Motivée par le souci de protéger son littoral et les rives de ses fleuves contre une accélération de l'érosion due à l'extraction de sable, cette décision s'ajoute aux embargos et aux quotas déjà imposés par l'Indonésie et la Malaisie.
La plupart des licences d'extraction de sable au Cambodge, souvent délivrées à des proches du premier ministre Hun Sen ou du parti CPP au pouvoir, seraient accordées sans que soit pratiquée une étude d'impact environnemental.
Certains permis ont même été attribués dans des zones protégées ou à proximité d'écosystèmes précieux et de sites où résident des espèces aquatiques en danger, selon Global Witness.
Les pêcheurs interrogés par l'ONG dans les zones d'extraction notent, par ailleurs, une diminution des réserves de poissons et de crustacés. Malgré les promesses faites en mai 2009 par le gouvernement cambodgien de réguler l'extraction et d'endiguer le trafic, des permis ont continué d'être octroyés depuis un an, conduisant à un développement des prélèvements, notamment dans une réserve naturelle.
Le volume élevé d'extraction de sable cambodgien est surtout alimenté par la demande venant de Singapour. Or, "les garde-fous et les contrôles mis en place par la cité-Etat pour s'assurer des conditions d'extraction du sable ne sont pas assez stricts", estime George Boden, chargé de campagne au sein de Global Witness. Les agences gouvernementales de Singapour vérifieraient la qualité physique du sable importé, mais pas les éléments permettant d'évaluer l'impact de leur extraction.
De son côté, Singapour nie que le sable soit importé dans leur pays sans un respect des lois et un suivi de l'impact environnemental de l'extraction au Cambodge, condamnant "l'exportation illégale ou la contrebande de sable". Les deux pays semblent se satisfaire du statu quo.
D’après Le Monde.