De violents orages accompagnés de pluies, les plus fortes depuis quatre-vingts ans, ont provoqué des inondations sur la rive européenne d'Istanbul et dans la région voisine de Thrace, causant la mort d'au moins 32 personnes. Huit autres sont toujours portées disparues. De nombreuses victimes ont été emportées, mercredi 9 septembre matin, par les flots boueux d'une rivière qui ont submergé une autoroute et une importante zone industrielle, dans la banlieue ouest de la métropole. La rapidité de la montée des eaux a obligé les passagers à se réfugier sur le toit des bus ou des camions, pour être ensuite secourus, parfois par hélicoptère. Selon la mairie d'Istanbul, plus de mille personnes ont été secourues depuis le début du sinistre. L'agence de presse Anatolie a par ailleurs rapporté que dans plusieurs quartiers, les inondations ont donné lieu à des scènes de pillages. D'immenses vagues ont charrié vers la mer des centaines de véhicules, et détruit des milliers de logements, le long de la côte, où de nombreuses cités résidentielles sont construites dans des zones inondables. L'électricité et l'eau potable sont coupées dans plusieurs quartiers. Les routes et les berges sont couvertes d'objets de toutes sortes, que chacun tente de récupérer. La police a arrêté 70 "pilleurs" jeudi. Les dégâts sont estimés à au moins 100 millions de dollars par les assureurs et l'activité de cet arrondissement d'Istanbul, un poumon économique de la ville, risque de souffrir plusieurs mois de ces inondations. Les entrepôts des douanes ont été engloutis, ainsi que de nombreuses usines et ateliers. Nul doute que les répercussions économiques dépasseront la ville même. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, ancien maire d'Istanbul, a qualifié ces inondations de "désastre du siècle" et a promis de renforcer les berges de la rivière. Mais déjà la polémique guette les autorités, accusées de négligences, alors que les alertes météorologiques avertissaient, depuis quatre jours, de l'arrivée des orages. Les barrages situés autour de la ville étaient quasiment pleins, avant même le début des pluies... Et la zone la plus touchée avait déjà été inondée, en 1994, sans qu'aucune mesure ne soit prise. Particulièrement critiqué, le maire d'Istanbul, Kadir Topbas, a rejeté les accusations et a mis en cause le réchauffement climatique pour expliquer la catastrophe. Les habitants des zones situées au niveau de la mer pourraient être appelés à quitter leur maison, en cas de nouveaux risques d'inondations ce week-end, a tout de même annoncé M. Topbas. L'absence de plan d'urbanisme et les constructions anarchiques d'Istanbul, qui compte au moins 12 millions d'habitants, sont pointées du doigt par les médias, qui rappellent que la ville sera dans quelques mois "capitale européenne de la culture".
D’après Le Monde du 11/09/09/