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C'est une performance rare. Luiz Inacio Lula da Silva quitte la scène politique en étant plus populaire qu'au début de sa présidence. Avec plus de 80 % d'opinions favorables, il conserve un immense capital de sympathie. Son autorité naturelle, son charisme, ses dons de tribun suscitent sympathie et respect. Il est resté lui-même, et d'abord un homme du peuple, dont il a capté et gardé la confiance. Sa consécration personnelle a accompagné le renouveau du Brésil. L'une et l'autre se nourrissent et se renforcent.
Comme tous les habiles politiques, Lula a su attirer la chance et la faire fleurir sous sa bannière. La chance, en ces années 2000, de présider une démocratie consolidée, délivrée de l'inflation, à la croissance décuplée par l'envol du cours des produits agricoles et des minerais dont le Brésil est si riche. La chance, aussi, d'avoir découvert au grand large de ses côtes, dans ses eaux très profondes, un fabuleux trésor pétrolier qui dort sous une épaisse croûte de sel.
A force de courage, de ténacité et de bon sens, l'ancien gamin du Nordeste devenu cireur de chaussures, ouvrier tourneur, chef syndicaliste, fondateur du Parti des travailleurs (PT), et candidat trois fois malheureux à la présidence avant de l'emporter enfin en 2002, s'est forgé un destin.

Il respecte avec soin l'héritage réformiste et stabilisateur de son prédécesseur et ancien adversaire, le social-démocrate Fernando Henrique Cardoso. Comme lui, il veut faire "émerger" le Brésil du tiers-monde, par la modernité, la croissance et l'emploi, et lui donner un rôle global. D'où une indéniable continuité économique entre les mandats des deux présidents, à la satisfaction des milieux d'affaires. Sa grande œuvre sociale, la bolsa familia ("bourse famille"), a systématisé et amplifié des programmes lancés auparavant. Ce versement d'une aide mensuelle aux foyers "pauvres" et "très pauvres", à condition que les enfants soient scolarisés, améliore la vie quotidienne de millions de Brésiliens, érode l'absentéisme scolaire et réduit peu à peu le travail des enfants. Cet instrument d'inclusion sociale, copié dans le monde entier, a permis à Lula d'épaissir son "matelas de popularité" parmi l'électorat.
Le bilan intérieur de ses huit ans de présidence comporte sa part d'ombre. Le président n'a rempli qu'imparfaitement son contrat social. Les Brésiliens ont, par millions, rejoint la classe "C" (moyenne), découvert le crédit, accédé à la propriété. Mais le Brésil reste l'un des pays les plus inégalitaires du monde. Il demeure divisé entre un sud riche et dynamique et un nord archaïque et déshérité. L'enseignement public primaire et secondaire reste médiocre, le système de santé déficient, la bureaucratie pesante, la police inefficace, la justice paresseuse. Les grandes villes battent des records de violence. Des scandales de corruption éclatent périodiquement. L'extrême fragmentation des partis oblige à former une vaste coalition gouvernementale, où une flottille de petites formations s'accroche au navire amiral, le PT de Lula, allié au Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), bastion des caciques régionaux. Le pouvoir est ainsi astreint à des compromis permanents et à quelques grosses compromissions.
Enfin, en refusant l'idée d'une réforme constitutionnelle qui lui eût permis d'envisager, et sans doute de remporter très facilement, un troisième mandat, le président Lula enracine un peu plus la démocratie brésilienne. Ce n'est pas son moindre mérite.
D’après Le Monde.
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