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Collège Montaigne

 
 

Un Passé Retrouvé

 
12/06/2008
 

 Un après-midi, après les cours,  je rentrai chez moi vers les quatre heures ;  j''avais passé une dure journée et je fus puni par mes parents car j''avais eu une heure de colle par Mme de Milouin. Le soir je n''arrivais pas à dormir, je me disais que  j''aurais aimé vivre en Algérie avec mes cousins, où l''école était beaucoup plus facile .

 Je vis à Lormont mais je suis Algérien du côté de ma mère qui s''appelle Khadidja Abid et pendant les grandes vacances, je vais à Oran en Algérie, qui est la ville natale de ma mère. Et ce soir-là, je regrettais de ne pas y être. J''aurais aimé jouer avec mes cousins, manger de la bonne chorba, fêter l''Aïd . Mais NON!! J''étais coincé ici. Deux minutes après je m''endormis. 

 Pendant mon sommeil, j''entendais des cris et je voyais des images, j''entendais des coups de feu et des pleurs. Je revoyais mon professeur d''histoire, un livre à la main, puis mon regard se posa sur le livre et plus précisement sur une image. C''était le drapeau de l''Algérie. Soudain, une feuille blanche passa devant mes yeux. Il y était inscrit "1962". Je ne me rappelais pas quelle était cette date, mais elle me semblait familière. Enfin, je me réveillai.

 Je me levai et regardai autour de moi. Je fus étonné de ne point être dans ma chambre. Cet endroit m''était inconnu, les murs étaient tapissés d''un papier peint de couleur bleu-vert, la tapisserie était un peu déchirée. La chambre était petite, elle faisait au plus cinq mètres carrés. Il y avait une pile de couvertures, trois d''entre elles étaient étalées par terre. Pendant un instant, je fus angoissé, je vis un étrange tableau. Un tableau à moitié déchiré, il y avait inscrit dessus "¿¿¿¿¿¿ ¿¿", mais je ne parvins pas à lire toute la phrase car il y avait une partie arrachée.  Je réussis néanmoins  à déchiffrer "famille A" car je savais lire l''arabe, la dernière lettre m''intrigua "A".J''avais le pressentiment de connaître la fin de ce mot ou plutôt de ce nom. J''essayais de retrouver dans ma mémoire où j''avais bien pu les voir lorsque  j''entendis des coups de feu et des gens crier.

  Je me dirigeai près de la porte d''entrée et je l''ouvris.  Une  lumière aveuglante m''éblouit, j''écarquillai les yeux et je vis des choses horribles. Il y avait des explosions, des gens qui couraient, des enfants qui pleuraient et des immeubles qui étaient en feu. Je me dépêchai de descendre de l''immeuble par les escaliers  désertiques ; en effet, il n''y avait  plus personne. Une fois en bas, je vis des soldats. A côté de moi, des gens leur jetaient des pierres. Ces derniers étaient vêtus d''un uniforme vert kaki, je vis très distinctement sur l''uniforme de l''un des soldats un petit drapeau français cousu au niveau de la poitrine.

J''étais  tétanisé de peur, soudain une bombe éclata non loin de moi et me projeta à dix mètres ;  heureusement je n''avais rien de grave, juste quelques égratinures. Je me relevai et je vis un soldat qui s''approchait de moi , j''avais peur , mais il tourna aussitôt la tête  vers un homme qui essayait de l''atteindre en lui jetant des pierres. Je me mis à courir, je ne comprenais rien à ce qui m''arrivait, je paniquais, je pensais que ma dernière heure était venue et je ne savais pas pourquoi.

Il y a à peine douze heures, j''étais chez moi à Lormont, dans ma chambre et me voilà dans un pays en guerre,  sûrement un pays arabe car il y avait des inscriptions arabes sur les magasins et sur les panneaux publicitaires. Je courais au milieu d''une foule, puis je sentis un coup violent sur ma tête , comme si j''avais reçu une pierre sur le crâne , mon corps se figea et je m''évanouis...

 Un peu plus tard, je sentis qu''on me portait, j''entrouvris les yeux et je vis la tête d''un homme. Il était moustachu, il devait avoir une trentaine d''années, il portait des lunettes et  il avait les cheveux mi-longs, puis mes yeux se fermèrent...Quelques secondes après, j''entendis une douce voix d''homme qui me dit" ¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿", ce qui voulait dire en arabe : "N''aie pas peur". Je compris ce qu''il m''avait dit car je comprenais et je parlais arabe, enfin je m''endormis.

Dés que je me réveillai, j''avais mal à la tête, je sentais quelque chose de très froid sur mon front , j''ouvris les yeux et je vis une femme d''une vingtaine d''années qui mettait des glaçons sur mon front. J''essayai de me lever mais la femme m''en empêcha et dit: "¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿", ce qui signifiait : "Non, ne te lève pas". Dès que je fus complètement conscient, je pus enfin me lever. Il y avait deux petites filles : l''une semblait avoir trois ans et l''autre cinq ans; à côté d''eux un petit garçon d''environ six , sept ans. Tous les trois me faisaient penser à quelqu''un. Ils me regardaient fixement sans esquisser le moindre geste, se demandant sans doute qui j''étais et d''où je venais. Moi non plus, je ne les connaissais pas mais ils m''inspiraient confiance. Je me sentais un peu comme chez moi ... Je leur souris et eux firent de même.

La femme de tout à l''heure revint. Elle était grande, mince, elle avait les cheveux noirs, très longs et très raides. Elle sourit et me dit: "Ah, tu vas mieux maintenant" et je répondis:"Oui, merci".

-Tu n''es pas d''ici ? me demanda-t-elle.

 - Non, je viens de Lormont, en France.

- De France!! Mais que fais-tu ici?! 

  - Je ne sais pas, il n''y a pas longtemps j''étais chez moi....

 Au fait, dans quel pays sommes nous?

- En Algérie bien sûr!

- EN ALGERIE!!!

- Où étais-tu quand tu t''es réveillé?

- Là-bas, dans cette maison: lui dis-je en pointant du doigt le bâtiment en feu.

 La femme baissa la tête et dit doucement: "C''était notre ancienne maison."

 - "Ancienne" et pourquoi êtes-vous partis de là ?

- Les soldats français nous ont chassés.

- Excusez moi, mais pourquoi y-a-t-il des soldats et des explosions partout?

- Car nous sommes en guerre contre la France, répondit-elle en soupirant. 

- Contre la France!! criai-je.

 -Oui, dit-elle tristement.

-En quelle année sommes nous?

-En 1962, bien sûr.

-En 1962!?

Je ne me rappelais pas quelle était cette date , j’essayai de me souvenir à quoi elle pouvait  bien correspondre. Je mis ma main dans la poche de mon jeans et je sentis un bout de papier je le pris et je le regardai. C’était un bout de papier plié en cinq et je l’ouvris , il s''agissait d'' une antisèche que j’avais préparée pour mon contrôle d’histoire. Dessus, il était écrit :  « 1962 = indépendance de l’Algérie » et je compris alors tout ce qui m’arrivait :  nous étions en fait après la deuxième Guerre Mondiale , l ’Algérie est en guerre pour l’indépendance .

Tout se qui se passait s’éclaircissait  mais une question demeurait : "Comment ai-je bien pu arriver là ?"

A midi et demie,  nous étions à table , la femme m’avait permis de dîner avec eux . A table , il y avait la femme ,  ses deux filles et son fils .La femme avait posé une soupe, du coca non gazeux et pleins d’autres plats arabes. La femme me dit :  « Mange , c’est de la chorba et la boisson ,c’est du gue…. 

-C’est du guezouz ! , lui dis-je, très fier.

La femme et les enfants me regardèrent avec un air étonné . Puis la femme me dit : " Comment le sais-tu ?"

- Quand je pars en Algérie pour les grandes vacances , j’en bois beaucoup .

- Ah bon tu es algérien ? me demanda t- elle, surprise .

- OUI , lui dis-je avec fierté. Je suis algérien du côté de ma mère .

- Ah bon, et comment s’appelle ta mère ?

- Elle s’appelle Khadîja Abid .

- Comment!! C’est impossible!! me cria t-elle .

- Pourquoi ?

Soudain , quelqu’un frappa à la porte. La femme partit ouvrir ,  un homme entra .

Je ne voyais pas son visage car il avait un chapeau et portait une veste longue, il était grand de taille. Il enleva son, chapeau et je fus étonné de reconnaître l’homme qui m’avait sauvé la vie !

Il posa ses affaires et dit à haute voix: «  ¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿» , en français "Bonjour tout le monde".

Il fit la bise à toute sa famille et quand vint mon tour,  il sourit et me tendit la main en me disant:

- Bonjour mon garçon ,tu vas mieux?

- Oui, merci. Je me levai et lui serrai la main.

Il sourit et dit : " Fais comme chez toi mon fils" .

- Merci. Je m’assis et souris tout en le regardant.

- Il commença à parler avec sa femme, mais je n’entendais pas leur conversation car ils parlaient très doucement .

"Au fait, dis-je à l’homme, merci de m’avoir sauvé."

- Mais de rien mon enfant, c’est normal de s’entraider.

- Merci.

Ils étaient tous  d’une gentillesse extraordinaire ; comme si j''étais de la famille...

La mère se leva et dit à ses enfants: «¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿¿» ce qui voulait dire:  « Mohamed, Houaria et Larmouna , allez m’acheter du pain chez le marchand , mais faites attention ».

Les trois enfants partirent tout aussitôt après que leur mère leur ait donné l’argent.

Je fus très étonné; en effet, ces trois enfants portaient le même nom que mes deux tantes aînées et mon oncle qui sont aussi frère et sœurs.

Je demandai alors à la femme : « Comment vous appelez-vous, vous et votre mari?

Elle sourit et dit: « Moi je m’appelle Kheira et mon mari s’appelle Cheikh."

Ce fut la confusion la plus totale,  elle portait le même nom que ma grand-mère et cet homme portait le même nom que mon grand-père du côté de ma mère.

J''osai  demander encore : « Quel est votre nom de famille? »

-Notre nom de famille est A….

Tout à coup, un soldat défonça la porte et dit: « Les mains en l’air !  Vite!! »

Il nous entraîna violemment dans la rue où il y avait d’autres prisonniers. Vers vingt-trois heures cinquante-cinq,  nous étions encore dehors alignés dehors . Nous étions très nombreux,  au moins cent , un soldat poussa les trois enfants de la femme qui portaient du pain. Comme je me trouvais tout près de Kheira,  je lui demandai   : « Pourquoi avez-vous dit tout à l’heure que c’était impossible que ma mère s’appelle Khadija Abid ?»

- Car il n’y a que moi et ma famille qui nous appelons Abid.

Mon esprit fit un tour complet ,elle portait le même nom que ma grand-mère et les membres de sa famille portent les mêmes prénons que mon oncle et que mes tantes.  A ce moment, on entendit le colonel qui dit: « Je suis le colonel Patrick Erlis , si j’entends encore un seul prisonnier parler je l’abats d’un seul coup de baïonnette ». Tous les prisonnier se turent .

Je fus beaucoup trop choqué de la nouvelle que m''avait dite Kheira pour penser à ce qu''avait dit le colonel Patrick , c''était complètement impossible et je criai  : «Mais,  c’est impossible! Il n’y a que ma famille qui s’appelle Abid! » Tout à coup minuit sonna. Mon corps devint bizarre, mes pieds semblaient de dérober sous moi et j’avais mal à la tête. Le colonel me dit de loin: «Prépare toi à mourir », il tira et sa balle me frôla le bras. Mon corps disparut complètement.

Quand je me réveillai, j’étais dans mon lit, dans ma maison, à Lormont !

  J’essayai de me lever, mais mon bras me brûlait Je regardai mon bras, il saignait, c’était en fait la blessure que m’avait affligée le colonel Patrick Erlis. Ma mère arriva et me dit ; « Que t’arrive t-il ? Qu''as-tu fait ? »

Je souris malgré  ma blessure et je dis à ma mère :" C’est une très longue histoire".

Comment lui dire que je venais de retrouver ma famille, la sienne :  mon grand-père, son père , ma grand-mère, sa mère et que pendant quelque temps j''avais traversé la guerre ?Mais au milieu de ces terribles explosions, j''avais fait la connaissance  d''une grande bonté. 

Jamais elle ne m''aurait  cru si je lui avais dit que j''avais été, de temps d''une aventure extraordinaire, plus âgé qu''elle...

 

           Fin

Mouwaffack GHATTAS.

 
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  Valerie : le 06/05/2009 à 10h20    
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