A partir d''un article du monde restituant la conférence à Paris d''Eric HObsbawm (spécialiste d''histoire économique et sociale). 22.09.08
Les continents sont autant - ou davantage ? - des constructions historiques que des entités géographiques. (...) C''est une région à dimensions variables, définie par la frontière (ethnique, sociale, culturelle, culturelle autant que géographique) avec les régions de l''"autre", souvent situées en "Asie", parfois en "Afrique". L''étiquette "Asie" comme synonyme d''un autre qui combine la menace et l''infériorité a de tout temps été collée sur le dos de la Russie (L''Asie commence au sud de Vienne. Metternich). C''est face aux peuples indigènes du Nouveau Monde que les Espagnols, les Portugais, les Anglais, les Hollandais, les Français, les Italiens, qui se précipitent aux Amériques, reconnaissent leur européanité. Ils ont la peau blanche, impossible à confondre avec les "indiens". Une différenciation raciale se fait jour, qui aux XIX° et au XX° siècles, deviendra la certitude que les blancs détiennent le monopole de la civilisation. Au XVII° s. avec l''arrivée de la Russie, assoiffée de modernité occidentale, il y a alors coïncidence entre la géographie et l''histoire. (...) Au cours du XIX° s., l''Europe devient la pépinière d''un ensemble d''institutions éducatives et culturelles et de toutes les idéologies du monde contemporain. (...) Les "valeurs européennes" sont un mot d''ordre de la seconde moitié du XX° s. Le "moment" européeen de l''histoire mondiale s''achève avec la seconde guerre mondiale, bien que nous continuions de profiter du riche héritage économique et, dans une moindre mesure, intellectuel et culturel, de cette suprématie perdue. L''Europe est une pluralité contradictoire ; d''une part, les frontières des Etats n''ont que peu de pertinences au regard d''activités économiques formant un système transnational composé d''un réseau d''unités locales dispersées. L''unité de l''Europe est l''enfant d''une entente entre ces Etats ; c''est au fond l''Europe des patries chère au général de Gaulle. Mais cette hétérogénéité du continent cache une division de fonctions entre deux centres dynamiques successifs et leurs périphéries. L''axe Italie du Nord - Pays-Bas prolongé par la suite outre Manche n''a pas disparu : en 2005 on y trouve neuf des dix régions où le revenu par habitant est le plus élevé. La communauté originale du traité de Rome coïncide avec cet espace. Autour de cet axe, s''articulent quatre régions périphériques : le Nord (Scandinavie et parties nord et ouest des îles britanniques), le sud-Est - entre Adriatique , Egée et mer Noire - et l''Est, slave des grandes plaines. Périphériques aussi les parties du monde méditerranéen et ibérique...
Avant 1914 la ligne Hambourg-Trieste était sans importance politique, grâce à la présence à l''Est des Habsbourg ; cette ligne se transforma en "rideau de fer". Les cinquante années écoulées ont cependant été une époque de convergences: en attestent l''harmonisation institutionnelle et juridique ou la diminution des inégalités internationales - économiques et sociales -, grâce aux remarquables "bonds en avant" de pays tels que l''Espagne et la Finlande. Les révolutions des transports et communications ont facilité l''homogénéisation culturelle qui progresse avec l''explosion de l''éducation secondaire et universitaire (...)
Depuis la disparition des régimes autoritaires et la fin des régimes communistes, les divisions politico-idéologiques de l''Europe ont disparu, bien que les survivances de la guerre froide creusent encore des fossés entre la Russie et ses voisins Il ne s''agit pas de nier que de profondes différences subsistent entre les pays - qui ont rendu l''évolution de l''UE bien plus déséquilibrée que prévu -, néanmoins dans un cadre globalisant l''Union a joué un rôle majeur dans le processus de convergence global à l''œuvre depuis des décennies. Un paradoxe se fait jour: les Européens ne s''identifient pas à leur continent (...) l''identification première reste nationale. L''Europe est plus présente dans la vie pratique des Européens que dans leur vie affective. Elle a trouvé une place permanente dans le monde en tant que collectivité bien qu''incomplète tant que la Russie n''y trouvera pas sa place.
Questions:
1. D''après Eric Hobsbawn, quelle est en réalité la limite entre l''Europe et l''Asie (citez le texte en tant qu''argument) ?
2. Quels "éléments" ont commencé à cimenter les européens au delà de la géographie (citez le texte) ?
3. Quels arguments Hobsbawn utilise-t-il pour démontrer que les populations ne se définissaient pas en tant qu''"européens" ?
4. A partir de quand et pourquoi cette chimère devint-elle (plus) réalité ? Qu''appelle-t-il le "moment européen " ? En quoi le XIX° s. leur a-t-il donné plus de certitude ? Autour de quelles "valeurs" les européens se sont-ils rapprochés à la fin du XX°s. ?
5. Qu''est-ce qui n''est pas "arrêté" par les frontières nationales, aussi bien au Moyen-Age qu''à partir des années 1950 ?
6. Concrétisez l''image de la mégalopole autour de son "axe" (ci-dessous, c.f raccourci bleu : "schéma") avec la "boite à outils légende".
7. Question personnelle (ECJS) : Où doit-on arrêter l''Europe aujourd''hui, grâce à un détroit, une montagne, un fleuve,...des idées, des langues, des religions ? Remarque: l''Europe des patries des XIX-XX° s. devint la patrie des européens au début des années 1950. Qu''est-ce qui va favoriser la "convergence" (homogénéisation) des modes (niveaux) de vie européens ?
conseils : http://pagesperso-orange.fr/pascal.boyries/pedago/carto/principe.htm
http://artic.ac-besancon.fr/histoire_geographie/Cartographie/cart-adr.htm#Apprentissages,%20cr%C3%A9ations...